HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXTIL 93
qu’ils avouent que si un corps de mille hommes seulement avoít passé Secttowl’Oise , tous les hsbitans de Paris se seroient sauvés. Mais un retarde- ^ment de trois semaines leur donna le tems de se calmer ; le Roi y vinten personne, & le Duc de Nevers & les autres Chefs qui avoient écha- Maison <iepé de la défaite, rassemblèrent les débris de l’Armée, qui rut renforcée de Valois,tous côtés. Cinquante Seigneurs de marque offrirent au Roi de garder cin- " '
quante Places à leurs dépens , & toutes les grandes villes fournirent à l’envide grosses sommes ; en sorte que Henri reconnut alors la vérité de ceque son pere lui avoit dit en mourant, que les François étoient le meil-leur peuple du monde.
II est néanmoins assez difficile de dire, quel tour les choses auroient pris, Entreprisesi les Suisses ne s’en étoient mêlés. Pendant que le Roi avec tous ses du Baron _Ministres & ses Généraux travailloient à raffèmbler assez de Troupes ‘j^ Polhvti*pour arrêter les progrès du Duc de Savoye, ils furent déconcertés par S> ‘une nouvelle irruption, fur laquelle le Duc fondoit suivant les apparen-ces l’espoir de piller Paris (a) après la prise de Saint - Quentin. Le Ba-ron Nicolas Pollweiler, avoit entrepris de lever un corps de Troupes pouraller en Hongrie contre les Turcs, & quand il fut en marche, le nom-bre de ses Troupes s’accrut jusqu’à dix mille hommes ,• alors il passa toutd’un coup le Rhin à Strasbourg, & contre le Traité de neutralité pour laFranche-Comté, il passa jusques dans la Bresse, dans le dessein daller àLyon, où il avoit pratiqué des intelligences. Cette irruption causa tantde consternation dans le Royaume, qu’elle auroit dérangé toutes les mesu-res de Henri, si les Cantons de Berne , de Fribourg & de Soleure n’a-voient mis garnison en plusieurs Places, & fait marcher des Troupes; dé-serté que Pollweiler renonça à son entreprise, & se retira avec précipita-tion en Alsace (b).
Dans le mois de Septembre, le Duc de Savoye prit le Catelet, Ham, ConquêtesNoyon & Chauni, & il auroit vraisemblablement poussé ses avantages duDuc deplus loin, si les Angloís, qui ne pouvoient supporter la fierté des Espa-gnols n’avoient demandé à s’en retourner, comme ils firent. Les Alle-mands se mutinèrent faute de paye, & un grand nombre passerent au ser-vice de France. Ainsi le Duc de Guise, à son arrivée, se trouva en étatd’arrêter les progrès du Duc de Savoye,quand il eut été joint par les qua-torze mille Suisses que le Roi avoit levés del’argent que les villes du Royau-me lui avoient fourni. Pour qu’il pût agir plus efficacement le Roi le dé-clara Lieutenant - Général de ses Armées dedans & dehors le Royaume. Onsubstitua ce titre à celui de Viceroi, qu’on avoit pensé à lui donner d’a-bord. C’est ainsi que le malheur de la France fut la source de la grandeurde la Maison de Guise (c). Mais dans le tems que le Roi la combloit ainsid honneurs, il se souvenoit de l’avis que lui avoit donné son pere, de nepas la trop élever, bien qu’il fît tout le contraire ; mais il crut que la né-cessité l’excusoit, & il écrivit même au Connétable, qu’il lui gardoit tou.-
(0 Mezeray t Daniel 1. c. p . Lâ
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(a) Annal, de France.
(b) Les mêmes.