Section
IX.
DerniersRois de laMaison deValois.
Réflexionsfur la con-duite desdeux Par-ia-
Saint-
Qaentir.pris d’as-saut.
92 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
trois mille ílx - cens morts, d’autant de prisonniers, de tout 3 e bagage &de toute l'Artillerie, à la réserve de deux pieces de Canon {a). Ce qu’ily eut de plus fâcheux & de plus honteux en même tems pour la France,c’est-qu’il périt un grand nombre de personnes du premier rang, outreceux qui furent faits prisonniers. Le Duc d’Anguien, le Vicomte de Tà-' renne, 6 c six-cens Gentilshommes furent tués; le Connétable lui-même,les Ducs de Montpensier & de Longueville, le Maréchal de Saint - An-dré, & plus de trois-cens autres Seigneurs ou Gentilshommes furentpris (b).
On blâme extrêmement îe Connétable de s’être engagé de cette maniéré■ contre lavis du Maréchal de Saint-André, & après i’exemple de Strozzi,6 c de n’avoir pas fait défiler l’infanterie le gros canon & le bagage d’avan-ce, ainsi que le lui avoit conseillé un vieux Officier. Aussi le Connétable,se trouvant embarrassé, lui demanda -1 - il, Bon-homme que faut - il faire?Je n en fai rien , repartit - il , mais il y a deux heures que je 1 e savoir,bien. Le Connétable si t encore une autre faute, ce fut de n’avoir pas lais-sé à l’arriere-garde des Arquebusiers, qui auroient arrêté la Cavalerie en-nemie, & sauvé le reste de l’Armée, peut-être à leurs dépens. D’autrepart on blâme fort le Duc de Sivoye de n’avoir pas marché droit à Paris,ainsi qu’i! auroit pu le faire , de l’aveu de tout le. monde. Mais un His-torien Espagnol demande sensément, si le retour auroit été aussi aisé ? ajou-tant , qu’il auroit pu lui arriver ce qui arriva au Duc son pere, lorsqu’ilaccompagna Charlequint dans son expédition de Provence , d’entrer enFrance en mangeant des Faisans , & d’en sortir en ne mangeant que desracines (c). Quoiqu’il en soit, le Duc de Savoye ne jugea pas que le pil-lage de îa campagne pût égaler la prise de Saint - Quentin 6 i de quelquesautres Places qui incommodoient les frontières des Pays-Bas. II retournadonc dans son camp devant la ville, où le Roi d’Espagne se rendit quel-ques jours après. L’Amiral de Coìigni aiant reçu encore un secours tra-vailla avec une diligence infatigable à réparer & à fortifier la Place. Les.ennemis de leur côté poussèrent leurs tranchées & attachèrent le mineuren plusieurs endroits. Lorsqu’ils eurent fait toutes leurs dispositions, ilsrecommencèrent à battre la ville avec tant de furie, qu’ils firent cinq brè-ches , & fe préparèrent à donner l’assaut général.
Quelque peu d’efpérance qu’eût l’Amiral de le pouvoir soutenir, il s’ydétermina néanmoins, 6 c le soutint avec toute la bravoure possible ; maispar la lâcheté d’un Officier les Espagnols étant entrés dans la Place, l’Amiralaccourut accompagné seulement de quelques Officiers pour voir s’il y avoitdu remede, mais il ne fut pas plutôt arrivé ; qu’il fut enveloppé de touscôtés 6 c obligé de se rcnJre. La ville fut alors forcée de toutes parts, 6 cla plus grande partie de la garnison passée an fil de l’épée (d). Plusieursont blâmé l’Amiral d’avoir par son opiniâtreté sacrifié un si grand nombrede braves gens; ce qui est assez étrange, puisque les Historiens les mieuxinformés conviennent que par fa. défense obstinée il sauva la France , 6 c
(a) De Thcu L. XIX. Mezeray* Daniel (c) Cabrera L. IV. Gh. 8. apud Danielubi sup. p- 224-228. I. c p. 23.
Qìs Les mêmes. Çd) Daniel 1 . c. p., 231.
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