Section
IX.
DerniersRois de laMaison deValois.
XI trompel'Amiral,qui vient àla Cour.
126 HISTOIRE DE FRANCE Liv. XXIII.
,, mon obéissance filiale ; ô s’il m’étoit permis de m’expliquer davantage„ (a)!" II pensoit continuellement à son dessein,& sans s’en ouvrir à per-sonne il lâchoit quantité de mots, qu’on prenoit en un sens alors, & quel’on s’apperçut dans la fuite, mais trop tard, qui étoient susceptibles d’untout autre sens. On voit par là qu’il possedoit à fond les maximes de po-litique de fa mere, & qu’il fa voit déguiser sous de belles apparences, leprojet le plus noir & le plus barbare qu’on ait jamais conçu. Mais nousdevons supprimer les réflexions, & nous contenter de rapporter des évé-nemens dont il n’y a point d’exemple dans l’Histoire, & dont nous espé-rons pour l’honneur de l’humanité, que les semblables ne déshonoreront ja-mais aucun fiecle ni aucun Pays. Ce que nous disons n’est nullement pourflétrir la Nation Françoise, ses propres Historiens en parlent ainsi.
Charles IX. savoit que l’Amiral aussi zélé Protestant que bon Patriote,avoir dessein d’envoyer quelques Troupes dans les Pays-Bas, pour deuxraisons, qu’il expliqua avec beaucoup de candeur; fane afin d’aider sesfreresà secouer le joug tirannique sous lequel ils gémissoient ;& l’autre,pour employer contre les Espagnols des esprits inquiets, qui pouvoientfans cela troubler la tranquillité de la France. Le Roi ne se borna pasà approuver fa conduite, mais souhaita qu’il lui envoyât le Comte Louisde Nassau pour conférer avec lui fur certains points importuns, & qu’ilvint incognito, afin que l’affaire fût plus sécrété (L). II fit beaucoup decaresses au Comte, l’entretint du projet qu’il disoit avoir formé de fairela guerre à l’Espagne & de conquérir les Pays - Bas, & lui donna tantde marques de franchise, en rendant Orange à son frere, qu’il gagnaentierement le Comte, dk le renvoya si content à l’Amiral, qu’il levatous les doutes de ce Seigneur, & le disposa non seulement d’aller à laCour, mais lui en fit naitre l’envie. Le Roi ne manqua pas de l’y inviter,dc le fit d’une façon si simple & fl naturelle, que l’Amiral auroit puséxcuscr, s’il avoit voulu. 11 se rendit dans le mois de Septembre àBlois, accompagné de cinquante Gentilshommes (c). 'Le Roi le reçutavec toute l’amitié possible , l’embrassa , l’appella son pere, & lui dit;,, Nous vous tenons à présent , vous ne devez pas croire que vous nous,, échaperez , quand vous le voudrez (d) ”. II lui rendit ses pensions,Òi lui fit présent de cent mille livres. Quand i’Amiral lui demanda la per-mission d’aller à fa maison de Chatillon, il la lui accorda sans balancer, &ajouta, fur ce que ce Seigneur lui parla de quelques embellissemens qu’il yfesoit faire, Je sai bien que vous aimez fort le jardinage: fêlant allusionà ce qu’on savoit trouvé dans sa vigne une serpe à la main, immédiate-ment avant ^entreprise de Meaux, lorsque le Roi fut obligé de se sauverà Paris. Au bout de quatre ou cinq semaines , le Roi lui manda, que faprésence étoit nécessaire, pour le consulter sur des négociations avec f An-gleterre ât fur d’autres affaires importantes (e). Ce fut en ce tems- là quek Roi s’expliqua si naturellement fur ce que ses sujets des deux Commu-es) Mezeray. (d) Brantôme , Davila , Mathieu.
(b) Matthieu, Mezeray. (e) DeTìiou L, Li. Mezeray.
{c) Mezeray, Daniel.