HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. I?9
gea plusieurs fois de couleur, & parut plus embarrassé qu’il ne l’avoit jamais Sectjo.îété. Mais s’étant remis, il leur dit, qu’il étoit surpris de voir qu’iis euf- Xsent d’autres pensées que celle de venger le parricide qui venoit d’être com- HenrTiv^
mis, dont il étoit quant à lui uniquement occupé; qu’il ne trouvoit pas _
moins étrange qu’ils voulussent l'obliger de changer brusquement de Reli-gion; que pour tout homme qui en avoit, ce n’étoit pas l’affaire d’un mo-ment , & qu’il étoit dans le dessein d’examiner mûrement la chose, ainsi'qu’elle le méritoit (a). Dans ce moment Givri entra, & par un discoursbrusque & imprévu fit plus que toutes les raisons & toute l’éloquence dumonde n’auroient pu faire; „ Sire, dit-il, je viens de voir la fleur de„ votre brave Noblesse, qui se réserve à pleurer son Roi mort, quand„ elle saura vengé. Elle attend vos commandemens ; vous êtes ie Roi„ des braves, & vous ne ferez abandonné que des poltrons”. Le Ma-réchal de Biron , Sanci , grand nombre de jeune Noblesse, & tous lesColonels des Suisses vinrent en même tems prêter serment de .fidélité (b).
Cela fit un bon effet sur les Seigneurs Catholiques, qui s'assemblèrent;
& minutèrent quelques conditions,modérées en elles-mêmes, & modeste-ment énoncées ; ils les présentèrent au Roi, qui les agréa & les signa le 4d’Août ; après quoi ils firent auíîì serment de fidélité (§). Le Duc d’Eper-non, sous prétexte que les Maréchaux de Biron & d’Aumont avoient si-gné avant lui, refusa de souscrire, & se retira avec les Troupes qu’il com-mandoit, ce qui fut très-préjudiciable aux affaires du Roi (d). Dans cesentrefaites les Seigneurs de Paris firent éclater leur joie de la mort de Hen-ri III.; mais le Duc de Mayenne se comporta avec beaucoup de pru-dence & de dignité. II rejetta la proposition de ceux qui vouloientl’élever sur le trône, auíîì bien que celle d’offrir la Couronne à Philip-pe II. II se contenta de publier une Déclaration tant en son nom, qu’aunom de tout le Conseil de sUnion, où il exhortoit tous les Princes, lesGentilshommes &c. à renouveiler le serment qu’ils avoient fait de vivre& de mourir dans la Religion Catholique , & à reconnoitre pour Roile Cardinal de Bourbon (e) , parceque le Roi de Navarre étoit héréti-que. II sc conscrvoit par là la protection du Roi d'Espagne & du Ducde Savoye, demeuroit le Maître absolu à sombre d’un Roi prisonnier,
& en même tems sc ménageoit une porte honnête, par laquelle il pou-voit se retirer avec décence, si la nécessité le requéroit, où s’il y trou-voit son avantage.
Le Roi voyant que son Armée s’affoibliíToit tous les jours, jugea à pro- £ g R 0 n eygpos de lever le siégé de Paris, & de prendre la route de Normandie avec le siégé deles Troupes qui lui restoient. Chemin fesant il s’empara de plusieurs Pla -Paris £?ces; mais il auroit eu de la peine à se rendre maître de Dieppe ou d’Eu.
La premiere de ces villes lui étoit d’une grande conséquence, parcequ’elielui ouvroit la communication avec s Angleterre, la seule Puissance de l’Eu-rope dont il pût espérer du secours. Le Commandeur de Chattes en étoit
00 D'Aubignè T. III. L. II. Ch. 24. (d) Vie du Duc d’Epernon T. I. p. 274.
{b) De Thou 1. c. Daniel ubi sup.p.240. (0 Mem. de Villeroi T. I.
CO Daniel p. 241.
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