Section
X.
Histoire de
Henri IV.
Le Duc deMayennevient l'atta-quer & ejìrepoussé.
Le Roimarche àParis.
180 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
Gouverneur; il vint au devant du Roi avec toute sa garnison & lui dit ensabordant, qu’il avoit laiste la ville & le Château sans soldats, afin queSa Majesté y mit telle garnison quelle jugeroit à-propos, L qu’il se sou-mettoit à lui sans aucune condition & fans réserve (d). C’étoit un grandcoup, & un parent du Commandeur, Gouverneur de la ville L du Châ-teau de Caen, suivit son exemple.
Le Duc de Mayenne aiant d#nné à entendre aux zeìés Parisiens que lesTroupes du Roi s’étoient dissipées en Normandie, & que s’il fy suivoit ilseroit perdu d’abord, on lui fournit de l’argent & des Troupes, & aianttiré encore du secours de Lorraine, il marcha en Normandie avec une Ar-mée de plus de trente mille hommes. Comme le Roi n’en avoit que septmille, le Duc forma le dessein ou de reprendre Dieppe, ou d’y assiéger leRoi ; & s’il avoit agi avec vigueur il auroit pu réussir (b). Sa lenteurdonna le tems au Roi de se retrancher vers le village d’Arques ; & en quel-que façon fous le canon du Château qui y est. , Le Duc vint l'y attaquerle 21 de Septembre. Au commencement de faction les Ligueurs eurentde l’avantage par une insigne trahison. Leurs Lansquenets voiant que leurscompatriotes défendoient le premier retranchement du Roi, feignirent devouloir se ranger au Parti de ce Prince, mais aussitôt qu’on leur eut aidéà passer le retranchement; ils attaquèrent ceux qui les avoient reçus, &un de leurs Capitaines eut même la hardiesse de vouloir attenter à la per-sonne du Roi. A la fin le Duc de Mayenne fut battu & perdit six - censhommes (c). On attribua le mauvais succès du Duc principalement à deuxcauses, Avoir q ue la plupart de ses Troupes étoient de nouvelles levées, &que la mésintelligence se mit entre lui & le Marquis Du Pont, fils du Ducde Lorraine, le même à qui la Reine-Mere auroit voulu faire tomber laCouronne & qui auroit espéré d’être déclaré Roi (d). Peu après cettevictoire, le Roi reçut f agréable nouvelle que les Cantons Suisses & ía Ré-publique de Venise f avoient reconnu pour Roi de France. II lui vint aussiun.secours de quatre mille Anglois (e).
Vers la mi-Octobre il marcha promptement vers Paris, & le 31 de cemois, il prit ses quartiers à la vue de cette ville. Les Parisiens furent é-trangement allarmés ; ils avoient cédé leurs fenêtres qui donnoient fur larue St. Antoine à ceux qui leur avoient promis de leur faire voir le Bèarnoismené en triomphe ; on leur avoit fait accroire que le Roi avoit été entie-rement défait à la journée d’Arques,& on leur avoit envoyé dix huit éten-dards qu’on avoit fait faire, pour servir de preuve de la victoire (/). Lepremier de Novembre le Roi fit attaquer trois des Fauxbourgs, où les Pa-risiens perdirent sept ou huit-cens hommes, quatorze enseignes, & qua-torze ou quinze pieces de Canon (g). Si celui du Roi étoit arrivé assez-tôt, ou que le Duc de Mayenne ne fût pas entré dans la ville avec son
(a) Daniel 1 . c. p. 252.
O) Mem. de la Ligue,
(c) Daniel p 262-265. Mem- de SulliU Ul.
(d) Daniel p. 26?.
(e) Lemêtne p. 268. Mezeray T. VI. p. 16.
(f) Daniel, p. 269.
l§) Lettre du Roi duii'deNov. 1589,dans les Mem. de Dn Plejsts Mornay T.il.p. m. 3S- Cit. du Trad.