HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
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On 3 vu rarement qu’un Prince auíîì jeune que Louis, dont le Royaumeétoit si rempli de troubles, ait pu les appaifer fans préjudicier à l’AutoritéRoyale; on doit donc être moins surpris de fissue de la guerre civile, quifut telle , qu’on devoit naturellement s’y attendre. Le Roi & la Reineavoient assez de gens avec eus, qui les follicitoient de pousser la guerrevigoureusement, & d’affermir une fois pour toutes l’Autorité Royale con-tre tous ceux qui s’y opposoient (a). Mais d’autres représentoient que laruine de toute la France ou d’une partie në pouvoit jamais être avantageuse au Roi; que l’issue de la guerre étoit toujours incertaine; que les Pro
(a) Hist. du Duc d’Epernon, Hist de la Mere & du Fils.
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Histoire dtI.ouisXlil,
jujqu’à l a 'mort duMaréchal 'd’Ancre.
Qttelquespersonnes dela Courles Protej*
que nous nous bornerons ici à fa vie privée. Tous les Historiens conviennent unani- tans ne ^’ eu 'meinent, que fa qualité de fille, de sœur & de femme de Roi l’élevoit moins encore au Ient í ointdessus des personnes de son sexe, que fa beauté & son esprit. La vivacité de son esprit, ^la douceur de fa voix, ses maniérés affables, fa facilité à s’exprimer, son air majestueux,
& la dignité qui regnoit dans toutes ses actions, & qu’elle conserva jufqu'à fa mort, lafirent regarder comme une personne incomparable, malgré tous ses écarts. Henri IIIson frere, qui ne l’aimoit point, rendit ses galanteries si publiques, qu’il fut impossibleà son mari de continuer á avoir seulement les apparences d’un commerce honnête avecelle. II l’envoya au Château d’Usson en Auvergne, oit elle étoit fous la garde du Mar-quis de Cnnillac, qui devint bientôt son prisonnier, & perdit dit-on sa liberté, en con-templant trop les bras de cette Venus; elle demeura plusieurs années dans ce Château,à y passa son teins d’une maniéré que l’Histoire nous dispense de rapporter. Elle donnason consentement à la cassation de son mariage en des termes qui lui font honneur,,, II,, est juste , dit-dle , que je me soumette à la volonté de celui qui a fournis la fortune„ par sa valeur”. Après la naissance du Dauphin, elle vint à Paris & logea d’abord àl’Hotel de Sens, mais un de ses Favoris ayant été assassiné á la porte, elle'ne voulutplus y rentrer. Elle se retira au Fauxbourg Saint-Germain, & fit bâtir un Hôtel, & ytint sa Cour avec plus de magnificence que de régularité. Elle étoit la derniere’de laMaison Royale de Valois , & possédoit la qualité distinctive de cette Maison, sa-voir la libéralité au plus haut point. Jamais elle ne donnoit, qu'en s’excusantsur la médiocrité du don, quoique considérable, & bien qu’il surpassât i’attente de celuiqu’elle favorisoít, il ne la contentoit pas elle-même, & ne lui ôtoit pas l’envie de don-ner davantage. 11 est vrai que ses générosités étoient souvent mal-entendues ; mais celaVenoit de ce qu’elle avoit pour maxime, qu’il valoit mieux récompenser souvent desApparences, que de laisser une feule fois ie vrai mérite fans récompense. Son Palais é-toit le Sanctuaire des gens de Lettres, elle parloit avec facilité & une correction, quePeu de femmes ont. Ses Poésies font des preuves incontestables de son génie; ses Mé-moires n’ont pas leurs pareils pour l’élégance & ia délicatesse, & si elle n’avoit pas man-qué d’une vertu, on auroit pu avec fondement la mettre au nombre des Muses & desGrâces. C’est quelque chose détonnant que le courage & la constance avec laquelle ellesoutint son malheur, ou le changement de sa fortune; & si sa condition eut quelle chosesingulier, elle soutint cette singularité d’une façon toute extraordinaire. La DuchesseValois satura le même respect, qu’on auroit pu avoir pour la Reine de France. Auueu de fuir le Roi,la Reine ou la Cour, elle se concilia leur estime & même leur ami-j*-- En déclarant le Dauphin son héritier , il devint en quelque façon son fils; elleJ a Uoit voir régulièrement > de même que les autres enfans du Roi, & leur témoignoitlin e tendresse décente. Aussi Henri luirendoit-il quelquefois visite, la Reine plus sou-Y c ut, & après la mon du Roi ces deux Princesses vécurent en sœurs. Jufqu’à la fin dea vie elle fut inégale,mêlant les plaisirs avec la dévotion; l’amour des Sciences avec laV;i nité, un grand fond de charité, avec beaucoup d’injustice; car quoiqu’elle visitât fré-quemment les Eglises, qu’elle fît plus ou moins dts libéralités à presque toutes les Mai-Oiis religieuses dé Paris , & qu’elle ordonnât que son corps fût enterré dans la Chapelle” un Monastère qu’elle avoit fondé, elle laissa des dettes. ■ Este mourut le 27 de MarsGl î, âgé environ de soixante-ans.
Tome XXXI. M rn