HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 2Í?5
& le grand éloignement ne lui permettoient pas d’agir pour le service de Sectiomìa Reine-Mere, mais que le Duc d’Epernon étoit très-propre à la mettre Xii.
en liberté (s). Cela ne plut nullement à f Abbé, qui étoit fort mal avecle Duc d’Epernon, depuis une querelle qu’il avoit eue avec le neveu du Louisxur.Duc, qui avoit ménacé de le faire châtier ; d’ailleurs le Duc de Bouillon jusqu’àfaSc le Duc d’Epernon étoient brouillés, deforte qu’il ne pouvoit attendre mrt ’de secours de ce côré-là. II retourna à son Abbaye, & envoya Je Secre-taire du Maréchal d'Ancre à Metz avec une Lettre de créance de la Reine*
Mere ; il réussit au delà de ses espérances par le moyen du Marquis de laValette & de l’Archevêque de Toulouse, tous deux fils du Duc (S), Quandles choses furent bien avancées, Ruccellaï se rendit à deux lieues de Metz,
& fit demander au Duc la permission d’y entrer ; le Duc se mit dans unefurieuse colere, & déclara qu’il ne vouloir avoir rien à démêler avec cetItalien, qui étoit son ennemi, & par conséquent qu’il ne prétendoit pas lemettre en, état de se venger de lui. Ruccellaï aiant été informé de cette ré-ponse , fit savoir au Duc que le Secretaire n’étoit que son Agent, qu’ilavoit en main les Chiffres du Duc, qu’il avoit vases Lettres, ensorte ques’il avoit cherché à se venger, il n’avoit tenu qu’à lui (c). Le Duc lelaissa alors entrer dans Metz & le logea dans son Palais, où il demeuracaché pendant un mois, & aprés avoir tout réglé ensemble, Ruccellaïs’en retourna aussi secrètement qu’il étoit venu. Ensorte, que bien que deLuynes eut des espions à Metz, il n’eut aucune connoissance de ce qui sepassoit, bien que par d’autres raisons l’Abbé lui fût fort suspect.
Voyons ce qui se passa par rapport aux affaires publiques. Au com- Abolition ds<mencement de l’année Luynes fit abolir la Paillette, & promit de faire /«Pauiette.aussi cesser la vénalité des charges, ce qu’il ne fit pourtant point (d). ■
Au mois de Mai le Roi donna au Duc de Mayenne le Gouvernement deGuienne, dont le Prince de Condés’étoit démis par le Traité deLoudun; de de Ckr -Luynes eut celui de fille de France, que le Duc de Mayenne avoit, mont.
& il se démit de la Lïeutenance de Normandie en faveur du Coloneld’Ornano («). Le Roi aiant voulu rendre les Biens Ecclésiastiques duBéarn au Ciergé Catholique, trouva de grandes oppositions à ses volontés.
II est certain qu’un des projets de Luynes étoit de se former un parti pourse soutenir, en travaillant à la ruine des Protestans, & f affaire du Béarnétoit un essai de ce dessein, qui caractérisa son administration. II savoitbien que c’étoit le moyen de gagner le Clergé & les Catholiques emportés;
Ôt il croyoit pouvoir réussir peu à peu, fans exciter une nouvelle guerrecivile, en semant la division parmi les Réformés, & en se servant adroi-tement de promesses & de récompenses ; il se trompa á la vérité jusquesà un certain point, cependant son projet ne réussit malheureusement quetrop, ainsi qu’on le verra dans la fuites/). Le Prince Maurice de Nassiu,
(a) Griffet Hist- de Louis XIII sous fanISIS
(b) Relat du Gard. de la Valette.
(c) Hist. d’Epernon ubi Jup.
(/î) Mercure François, Mem. de la Ré-gence.
(e) Mem. de Rohan, Mein. de la Ré-gence.
(/) Mein. de Itohan.