332 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
Section traitoit toujours avec Monsieur, ou pour mieux dire avec.Puilaurens soirXII. Favori, & raccommodement étoit presque fait ; Monsieur ne laissa pas de fi-StAU ^ gner le 12 de Mai un Traité avec le Marquis d’Aytone («), qui comman-LouísXilI. doit dans les Pays-Bas, par lequel il s’engagea à ne retourner point enjufqu’à la France de deux ans & demi, quelque changement qui pût arriver ; d’autremort, part les Espagnols promettoient de lui donner quinze mille hommes, pour' faire une nouvelle tentative en France. Le véritable but de ce Traité étoic
de cacher ses négociations, avec le Cardinal, & de mieux faire fes condi-tions. Le Vaisseau qui portoit la ratification du Roi d’Espagne, aiant faitnaufrage sur les côtes de France, cette Piece tomba entre les mains de Ri-chelieu , & servit à hâter la conclusion du Traité avec Monsieur (b). LeParlement & une Assemblée du Clergé de France ne laissèrent pas de dé-clarer le mariage de ce Prince nul, fous prétexte que la Maison de Lor-raine avoit commis un rapt de fa personne & que les deux Ducs l’avoientcontraint d’épouser leur sœur. Le 8 d’Octobre je Duc d’Orléans s’échapade Bruxelles ( c ), fans dire adieu ni à fa Mere ni à fa Femme, & fe rendità la Cour, où il fut très-bien reçu.
Déclara- Nous voici à l’époque où la situation embarrassée des affaires étrangèresration de pensa faire quitter au Cardinal le timon de l’Etat, comme il avoit été furtre 7 Efl° n ' ' e point de le faire une autre fois par les fuites des intrigues de Lyon. Legne. fameux P. Joseph & Bullion Surintendant des Finances lui firent repren-*’ 1635. dre courage, comme le même Capucin & le Cardinal de la Valette l'a-voient fait la premiere fois (d). L’année commença par un fâcheux re-vers. Les Impériaux surprirent Philipsbourg, Place importante, qui avoitconté quatre - cens mille écus qu’on avoit donnés aux Suédois,, d’ailleursles magasins étoient pleins de toutes fortes de munitions, & il y avoitplus de deux - cens mille écus en argent comptant (e). Les Espagnols &les Impériaux avoient alors une supériorité si visible, qu’au commencementde Fevrier le Roi se vit obligé de faire un nouveau Traité avec les EtatsGénéraux (/), par lequel il s’engagea à déclarer la guerre à l’Espagne, Ad’agir conjointement avec les Hollandois dans les Pays - Bas avec une Ar-mée de trente mille hommes. Ce Traité contenoit (§) un partage que lesdeux Puissances fefoient des Pays-Bas Espagnols, si ces Provinces n’accep-toient pas la proposition de fe soulever contre leurs Maîtres, & de formerune République, comme les sept autres avoient fait. Ce Traité qui.sem-bloit lier la France & la République plus étroitement que jamais, fut lapremiere source des défiances qui alìenerent les Hollandois de la Couronne;les gens sages parmi eux, s’appercevanc, combien le Roi avoit envie dedevenir leur voisin , prirent ombrage d’une Puissance, qu’ils n’avoientjusques-là point appréhendée. D’ailleurs Frédéric-Henri Prince d’Oran-ge haïssait le Cardinal, par certaines raisons, & il fut le seul des ennemisde ce Ministre, qui put fe vanter de lui avoir fait sentir son ressentiment
(») Auberi Hist. de Richelieu T. I. p, 425.(b) Vittorio Siri T. VIU, p. 84,
(c,l Auìsri L c. p. 428.
{d) Hist. de Richelieu ubi sup. % 13.
Le même, p. 212.
(/). Recueil de Vieces concernant le ré-gné de Louis Xlll ubi sup. p. 28p.
(g) hà llàe, p. 290.