HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 3 g 3
l’on avoit perdu toute espérance de Paix. Ceux qui prétendent que Ri. Suctio achelieu avoit commencé cette guerre pour se rendre nécessaire à son Maî- XUI :tre, peuvent avec autant de raison soutenir, que Mazarin îa continua pour louÎsXI vmaintenir son autorité, en maintenant celle de sa Maitresse. II est certain jusqu’à laque se s ennemis lui ont toujours reproché, qu’il n’avoit nullement envie Paix dede la Paix générale, quoiqu’il fit profession du contraire. Pyrénées.
Le Maréchal de Turenne commandoit en Allemagne, le seul endroit où s “ 'la situation des affaires publiques ne permettoit pas au Cardinal de faire a^ïma-grand chose. Toute l’Armée n’étoic que de huit mille hommes, & tout gne&d’I-ce qu’on pouvoit espérer, c’étoit que le Maréchal fâcherait de se join-^/ie, où ledre aux Suédois, ce qui étoit suivant les apparences très-difficile, i'mon S ardinal pimpossible. Turenne lui-même regarda ce projet comme chimériquefit des dispositions fort différentes. 11 engagea enfin’le Landgrave de * *
faire un Pont près de .Wefel , fur lequel il passa le Rhin , 6c marchaavec tant de diligence qu’il entra en Biviere , fans que les Impériauxpussent l’atteindre; là il joignit les Suédois & assiégea Augsbourg (a) ,il fut néanmoins contraint de lever le siégé au mois d'Octobre. Ce-pendant cette jonction avec les Suédois détermina principalement les E-lecteurs de Bavière & de Cologne à conclure un Traité de neutralité ,pour sauver leur Pays (ù); ce qui fut aussi avantageux à la France, qu’au-roit pu l’être une Victoire. Ce qui fut cause que l’Armée étoit si foibíeen Allemagne , c’esl qu’on fit de grands efforts en Italie ; le CardinalMazarin étant résolu d’employer toutes les forces de la France pour hu-milier le Pape; Innocent X., non seulement persécute!t toujours les Bar-berins, mais avoit refusé Je chapeau de Cardinal à s Archevêque d’Aîx,frere de Mazarin ; il avoit même donné une Bulle pour obliger tous lesCardinaux de résider à Rome, & de ne s’en absenter que par fa per-mission expresse (c). Mazarin connoissoit à fond la Cour de Rome, ócsavoit que la crainte seule pouvoit la rendre souple. Le Prince Thomaseut ordre d assiéger Orbitello fur les côtes de Toscane ; le Duc de Brezéeut le commandement d’une Flotte, fur laquelle il y avoit cinq mille Fran-çois pour renforcer l’Armée du Prince de Savoye. La Flotte Espagnolecommandée par Pimente! vint au secours de la Place; le Duc de Brezé mità la voile pour la combattre, ce qu’il fit le 14 de Juin; on dit qu’il avoitl’avantage lorsqu’il fut tué malheureusement par un boulet de canon, à lafleur de son âge, n’aiant que vingt-se p t ans {d). Le Comte d’Oignon sonVice-Amiral, au lieu de continuer le combat, ou de penser à ce quipouvoit arriver à l’Armée de terre , prit la route des côtes de France,pour s’assurer de Brouage & des autres Places, dont le Duc de Brc-zéétoit Gouverneur , en vertu du Testament de Richelieu son oncle.
Cette action qui auroit dû semble-t-i! causer la disgrâce du Comte, fit lafortune (e). Le Prince Thomas après avoir perdu la meilleure partie de
(a) Henault, p. M. 677.
Çfi) Recueil des Traités de Confédéra.Mon & d’Alliance entre la Couronne deFrance & les Princes & Etats Etrangers ,Léonard T. III. P* 401.
Çe) HiíL de Louis XIV.T I.p. igi,i82.
(d) Mem. de Motteville T. I. p. 361.Mein. de Navailles p. 36.
(e) Iìist. dc Louis KIV. ubijup.