448 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
SiicrioN Trêves, le Landgrave de Hesse & les Ducs de Brunswick. En un mot:
il porta tous les Princes d’AIIemagne à s'allier avec la République, àKisxiv i'exception de l’Electeur de Bavière & du Duc de Hanovre , qui de-dèpuîs " mc-urerent neutres. Louis XIV. ne renonça à aucun de ses grands pro-1674. jus- jets, malgré cette formidable Ligue. II connoissoit fa puissance & laqu’à la, capacité de ses Ministres & de ses Généraux. Résolu de se dédom-de mager de la perte des Provinces-Unies par la conquête de la Franche-11 g e ‘ Comté, il envoya M. de Turenne avec dix mille hommes pour défen-dre les frontières du côté du Rhin ; le Maréchal de Schomberg avecune Armée vers les frontières d’fîfpagne; Condé avec une troisième Ar-mée obfervoit le Prince d’Orange en Flandres ; & le Roi à la tête dela plus nombreuse entra dans la Franché Comté & la conquit.
Belle cam- Lette campagne fut la plus glorieuse que M. de Turenne ait faite enpanne de sa vie , st l'on estime la réputation à proportion des difficultés surmon-m. de Tu- tées ; car il déploia tout ce que Tare de la guerre a de plus grand &renne.~ de p] as CO nsommé. D’abord il fait une marche longue & vive , passe1 u ‘ le Rhin à Philipsbourg, marche toute la nuit à Sintzheim, force cetteville, & en même terns il attaque & met en fuite Caprara Général del’Empereur & le vieux Duc de Lorraine Charles IV. ce Prince qui pas-sa toute fa vie à perdre ses Etats & à lever des Troupes & qui venoiede réunir fa petite Armée avec une partie de celle de l’Ernpereur. Cetteaction fut achevée en quatre heures dé tems avec une Armée fatiguée,<5t la moitié moins forte que celle des ennemis, qui perdirent deux millehommes. Etonnés de fa hardiesse, les ennemis assemblèrent toutes leursforces au nombre de soixante - dix mille hommes ; Turenne n’avoit quevingt-mille hommes à leur opposer; le Prince de Condé lui envoya deFlandres quelque secours de Cavalerie. Mais son génie savoit suppléerà ce qui lui manquoit. Avec sa petite Armée il ravagea lePalatinat,alla chercher les ennemis en Alsace en traversant des montagnes couver-tes de neige ; continua à agir en Alsace malgré les ordres exprès deLonvois, Ck les murmures de la Cour, qui craignoit pour la Lorraine.II obligea les ennemis à fuir par tout devantìui par son habilité supérieureà se camper & à choisir ses postes. Enfin sans donner aucune batailledécisive, il dispersa s Armée ennemie, obligea les Impériaux de repasserle Rhin, & conserva f Alsace à la Lorraine. Louvois même fut obligéd’avouer qu’il s’étoit trompé , toute la Cour fut étonnée , & tout leinonde s’accorda à admirer sextrême capacité du Maréchal de Turen-ne. U est vrai que les cruautés qu’il fut obligé de commettre ternirentun peu l'éclat de ses grandes actions. Tous ses pas furent marqués parla désolation & par l’inhumanité. Après la bataille de Sintzheim, il mitù feu «St à sang le Paladnat Pays fertile, couvert de villes & de bourgsopalens. L’Electeur Palatin vit du haut de son Château de Manheimdeux villes & vingt-cioq villages en feu. Ces excès furent peut-être né-cessaires pour retarder les progrès de l’ennemi, rnais ils ne donnent pasune idée Favorable de l'humanité de Turenne ; qui semble avoir voulu êtreappellé le pere des soldats & le stéau des peuples vaincus. Quelque pei-ne que le3 Historiens de France en général & ceux de M. de Turenne
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