4 6o HISTOIRE DE FRANCE Liv. XXIII.
Ssction la guerre ne fût entreprise que par des vues qui n’avoient trait qu’auxvì. Continent.
Régné de p our >^En comprendre les raisons qui déterminèrent l’Efpagne à entrerLouisXIV.^g j a Ligue, il faut remonter un peu plus haut. Le mariage du Roi1679 jus- Catholique avec la Princesse Marie - Louise, fille du Duc d’Orléans, fetn-qu'à- la bloit serrer plus que jamais les nœuds de surdon entre la France & l’Eípa*Paix de ^6. Pendant la vie de cette Princesse, l’Empereur demanda en 1680 atïRyswick, d’Efpagne la souveraineté des Pays-Bas pour l’Archìduehesse fa fille,qui venoit d’épouser l’Electeur de Bavière. Louis, persuadé que (i celaavoit lieu, ce seroit une violation des Traités, chargea le Marquis de Feu-quieres son Ambassadeur cà Madrid, d’expliquer ses senti mens là-dessus àS. M. C. Les Ministres d’Espagne, allarmés par l’appréhension d'une rup-ture, assurèrent fortement Feuquieres de l’íntention fincere où ils étoientd’éviter tout ce qui pourroit offenser le Roi très-Chrétien. La Cour deVienne aiant manqué son coup, tenta en 1687 d’engager le Roi d’Espagneà permettre que l’Archiduc Charles, second fils de l’Empereur, fût élevé àla Cour de Madrid, comme héritier présomptif de la Couronne. Cettenégociation fut extrêmement sécrété, ellen’échapa pas néanmoins à la pé-nétration de Louis ; il envoya ordre à son Ambassadeur de demander uneaudience particulière au Roi Catholique, & de remettre en main propre àce Prince un Mémoire , qui portoit que „ si le Roi d’Espagne entraîné„ par de mauvais conseils, renversoit l’ordre de la succession, le Roi ne„ pourroit en ce cas - là s empêcher de faire tout ce qui lui paroitroit„ le plusfiropre à maintenir les droits du Dauphin, & qu’il ne pouvoir,, considérer tout ce qui se seroit en faveur de l’Archiduc,que comme une„ infraction de la paix qui subsistoit entre les deux couronnes ”. Charlesrépondit en termes généraux, mais il fit assurer l’Ambassadeur qu’il ne senommeroit un successeur qu’au lit de la mort. Marie Louise d’Orléansmourut 1689 , & par fa mort la France perdit tout Je crédit quelle avoit àla Cour de Madrid. L’Empereur gagna du terrain à proportion & sonConseil gouverna entierement Charles II. lorsque ce Prince eut épousé lafille du Duc de Neubourg, sœur de l’ímpératrice. Ce furent là les cir-constances qui firent entrer ie Roi Catholique dans la Ligue contre LouisXIV. & qui porterent celui-ci à déclarer la guerre d’abord à l’Empereur& aux Etats-Généraux , ensuite à l'Espagne , & enfin à l’Angleterre,quoique les hostilités contre cette Couronne eussent déja commencé avantla déclaration de guerre (a).
Le Marquis de Castanaga, Gouverneur des Pays-Bas Espagnols publiaà son tour un Manifeste des plus virulens ; il accusoit le Roi de Franced’avoir établi des Juridictions arbitraires dans l’Empire, d’avoir dévasté lesterres de la Maison d’Autriche, fans respecter les loix de la Religion & cellesde l’humanité, ni même celles de la guerre ; d’avoir approuvé les actions lesplustirannìques & les plus barbares, & d’avoir intrigué avec les ennemis deJésus-Christ pour ruiner f Empire. Ce dernier trait fefoic allusion à labonne intelligence que Louis entretint constamment avec le GrandSeigneur.
(«) Htmult p. 7§jz. Mem. de Forci T. L p. 3.