HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 4 <îi
Avant ce Manifeste, Louis avoir deja commencé á agir contre les Im Sectionpériaux. Le grande Armée, que îs Dauphin commandoit en personne, Xv *investit Phiiipsbourg vers la mj-Octobre, L Vauban conduisit le siège. La fouhxiv.Place fe rendit après dix neuf jours de tranchés ouverte. Cette reddition ,upuùfut suivie de celle de plusieurs autres Places. On prit Man heim en trois j6?p jus-jours, Frankendal en deux, Spire, Treves, Worms & Oppenheim se ^rendirent dès que les François furent à leurs portes. Le Palatinat condamné
à la désolation, aussitôt qu’il y a guerre dans l’Empire, fut réduit en dé- __1,
sert,ses villes florissantes & ses beaux villages, furent mis en cendres pour Désolation
se venger de ce que l'Electeur avoir formé la Ligue d’Augsbourg contre du Palati •
la France. 11 est impossible d exprimer le fort de ce malheureux Pays; hom- mt j 6Sgmes, femmes, vieillards, enfans furent chassés de leurs demeures, aucœur 1de l’Hiver, obligés d’errer tous nuds dans les campagnes, & d’y mourirde faim & de froid , pendant qu’iis voioient leurs maisons pillées '& misesen feu par le Soldat, qui passe toujours les ordres de rigueur. On com-mença par Manheim, le séjour des Electeurs; leurs tombeaux furent ou-verts pour y chercher des trésors & leurs cendres furent dispersées.
Telle fut la férocité & la rage avec laquelle on exécuta les ordres de Louis,
que ce fera une tache éternelle à fa mémoire. On en rejetta la faute fur
Louvois, mais à tort, puisque Louis étoit le maître de ne pas suivre sesconseils. Les Nations, dit Voltaire, qui jusques-là n'avoient blâmé queson ambition en l’admirant, crièrent alors contre la dureté d'un Roi, quinoyé dans les plaisirs de la Cour la plus voluptueuse del’Europe, signoïtla destruction de tout un Pays (a). C’étoit pour la seconde fois que ce beauPays étoit dcfoîé sous Louis XIV. mais les flammes allumées par Turenne,quoique terribles, n’étoient que des étincelles, en comparaison de ce der-nier incendie, qui fit du Palatinat un monceau de cendres, & de ses habi-tans une multitude des pauvres les plus indjgens.
L'Empereur avoit trois Armées en campagne contre la -France, outre Opémíonscelle qui étoit opposée aux Turcs. Une fur le haut Rhin, sous le Duc de íles -dMès.Bavière ; la seconde, qui étoit la principale, commandée par le Duc de ' i6S9>Lorraine entre le haut & le bas Rhin, & la troisième fous la conduite del’Eiecteur de Brandebourg, avec ses propres Troupes & celle de Westpha-lie, fur le bas Rhin. Le Prince de Waldek étoit en Flandres à la tête detrente-trois mille Hollandois , auxquels se joignirent dix mille Angloiscommandés par le Duc de Marlborough , & un corps d’Espagnols dé-taché par le Gouverneur des Pays-Bas. Telles é t oient les forces qu’on
opposa à la France pour arrêter la rapidité de ses conquêtes, qui avoientdéja répandu la terreur & la désolation dans l’Empire. Louis compritsagement que surdon des Princes de l’Empire ne seroit pas de longuedurée. Au lieu d’opposcr aux Armées Impériales des Armées capablesde leur donner bataille en rase campagne, il mit de fortes garnisons dansles principales villes, ót envoya divers corps sous la conduite de Sourdis,de Boufflers, de Montdar L de Choifeul, tandis que le Maréchal de Du-ras avoit le principal commandement ; ils avoient ordre de profiter de tou-
Ça) Siecle de Louis XIV. T. I. p. m, agi.
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