HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 4 g 9
Armée étoit de quatrevingt-deux bataillons & de cent-soixante escadrons, Sectioncelle des ennemis n’étoit que de soixante-quatre bataillons & de cent - cin- xvii.quante-deux escadrons. Le Maréchal de Tallard étoit à salle droite,l’Electeur & le Maréchal de Marsin à la gauche. Tallard avoit un espritactif, perçant, second en expédions & en ressources. Marsin avoit, di- 1698 jus-soit-on, l’expérience d’un bon Officier , plus que d'un Général. Ils avoient ?«’<* l’anpoílé dans le village de Blenheim vingt-sept bataillons & douze escadrons, U 10,présumant que les Alliés feroient par là leur principale attaque. A midile village fut attaqué vivement par les Anglois soutenus des Hessois ; lesFrançois firent des merveilles & repousseront les ennemis trois fois. Unepartie des Troupes du centre & de l’aile droite des ennemis, ayant passéun ruisseau, furent chargées si impétueusement par la Cavalerie Françoise,
& si maltraitées en flanc par le feu des Troupes dans le village de Blen-heim, qu’elles se mirent en désordre & reculèrent avec précipitation.
Dans le même tems l’aile gauche des Alliés chargea la Cavalerie de la droitedes François,& fut reçue par Tallard en personne, qui rallia ses Troupestrois fois. Feuquieres assure à la vérité qu’il fut fait prisonnier avant qued’avoir rejoint l’aile qu’il commandoit ; mais Voltaire soutient avec raisonque Feuquieres se trompe, puisque Tallard y fut blessé & son fils tué dansla déroute.. L’Infanterie fut mise en désordre par la Cavalerie qui se ren-versa sur elle, & n’étant pas soutenue elle céda aux vigoureux efforts del’ennemi. Marlboroug perça entre l’aile commandée par Tallard & le vil-lage de Blenheim. L’Armée Françoise se trouva donc séparée & presque ,enveloppée; car le Prince Eugene avoit réuffi à la quatrième attaque &chassé devant lui les Bavarois & les François. Tallard aiant pris un esca-dron ennemi pour un François fut fait prisonnier, en voulant rallier quel-ques Escadrons. Toutes les Troupes qui étoient dans Blenheim furentobligées de se rendre prisonnières de guerre. Le reste de l’Armée fuioit,
& la consternation étoit si grande, qu’Officiers & Soldats se jettoient dansle Danube, & perdoient la vie pour éviter la captivité. La plus grande partiede trente escadrons périt dans la rivière; environ douze mille morts resterentfurie champ de bataille, treize mille prisonniers, cent pieces de canon,vingt deux mortiers, plus de cent drapeaux, près de deux - cens Etendards,dix sept paires de timbales, plus de trois mille tentes, trente-quatre cha-riots, trois-cens mulets chargés, deux ponts de bateaux, quinze pontons,tous les équipages des François < 5 c la caisse militaire tomberent entre lesmains des ennemis. Ce fut là fans contredit le coup le plus accablant queLouis XIV estt jamais reçu, & Feuquieres l’attribue à plusieurs fautes ca-pitales faites par les Généraux du Roi. II blâme Tallard d’avoir afFoiblíle centre en jettant tant de Troupes dans Blenheim,ce qui facilita à Marl-borough le moyen de percer le centre , & de séparer les deux ailes deJ’Armée. On le blâme encore d’avoir laissé tranquillement passer le ruis-seau aux ennemis, & se former de l’autre côté; mais nous pensons, quecette faute, si c’en fut une, ne contribua en rien à la défaite, puisque lesAlliés furent repoussés trois fois & obligés de repasser le ruisseau. La véri-té est que le génie supérieur des Généraux des Alliés & la valeur de leursTroupes furent cause de la défaite de l’Armée Françoise, plutôt que quel-Tome XXXI. Ou a