HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 40I
eut la gloire de combattre pendant plusieurs heures une Flotte supérieure Sectiohà la sienne, commandée par le Chevalier Rooke , fans être battu. I! *•est vrai que le Roi de France ne se fit gueres d’honneur , en publiant LofisXlv.qu’il avoit remporté la victoire , & en donnant de cette action une Rela- depuisùon, qui prouvoit qu’il étoit réduit au bas expédient de tromper ses sujets. 169S jus-Avant que de terminer Je récit de ce qui se passa cette année, nous di- l u ’ à i>an
rons un mot de la révolte des Cevennes, pays montueux dans le Midi de 17 tQ '_
la France. Les habitans des Cevennes avoient été protégés fous le mi- Gume dtsnistere de Colbert. II les ménageoit comme des sujets hardis, industrieux Cemmss.ói utiles, dont l’enthousiasine ou le Fanatisme ne troubloit point l’Etat,pourvu qu'on le laissât se donner l’essor, & qu’on ne le réprimât pointpar des Edits severes, qui gênassent les consciences. II concevoit que laforce des Etats consiste dans le nombre des habitans, & il voioit avec quelconcert une multitude de Sectes différentes concouroient au bien publicen Angleterre & en Hollande, parcequ’on laissoit à chacun la liberté depenser comme il lui plait. Après la mort de Colbert, le Clergé, la Courde Rome, le Chancelier le Tellier «St Louvois son fils, tous deux enne-mis de ce grand & fidele Ministre, animoient continuellement le Roicontre les Réformés. En conséquence, on attenta peu à peu à leursprivilèges, < 5 t Louis les regardoit comme une troupe de rebelles qui se ré-volteroient à la premiere occasion, & n’étoient retenus dans le devoirque par la crainte. Basville Intendant du Languedoc & Broglio quicommandoit les troupes dans cette Province, animés par Louvois, lestraitèrent de la façon la plus cruelle. On leur défendit l’exercice publicde leur religion, «St ils se sauvèrent dans les bois pour y faire leurs dé-votions. Leurs persécuteurs postèrent des troupes en de certains en-droits, avec ordre de faire feu fur toutes les petites assemblées, qu’ilstrouveroient occupées à faire le service divin , de brûler, de piller «Stde ruiner les maisons de tous ceux dont ils ne pourroient se saisir. LesCevennes furent bientôt dévastées, & les Cevennois au désespoir, K leurzele fut enflammé à proportion de l’inhumanité avec laquelle on les persé-cutoit. L’Abbé du Chaila, Inspecteur des Missions, tenoit en. prison ungrand nombre de Réformés, qu’il traitoit de la façon la plus cruelle. Espritdit Seguier, un des Prédicans résolut d’en tirer vengeance. Il marche àla tête de soixante hommes à la maison de i’Abbé, & demande les prison-niers, l’Abbé les refuse & fait tirer sur la Troupe; deux hommes furenttués ; ils forcerent alors la maison, délivrèrent les prisonniers, se saisirentde l’Abbé, lui donnerent une heure pour se préparer à la mort, «St le tuè-rent ensuite. L’Intendant tâcha de punir les auteurs de cette action, maisils se mirent en défense, parcoururent les bourgs «St les villages l’épée à lamain, en criant liberté, «St leur nombre grossit de jour en jour. ils de-vinrent à la fin si redoutables, qu’ils attirèrent les yeux de la Cour. Usfurent souvent défaits, mais jamais domptés. On envoya contre eux lesmeilleurs Généraux de France fans succès. Le Maréchal de Villars fut obli-gé de traiter avec Cavalier, qui avoit été garçon boulanger , il fallut luidonner des ôtages; Louis lui accorda un brévet de Colonel, «St le vit à
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