HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. S3S
ment encouragés , & l’esprit humain cultivé au plus haut degré de per- Secttousection. x^
Le régné de Louis XIV. fit une totale révolution dans les Arts, dans à ê? ta-ies esprits, dans les mœurs & dans le gouvernement de la Nation Fran- blem duçoise. Pendant neuf-cens années avant cette époque la France étoit plongée K«xîu>dans la Barbarie, déchirée par des Factions & des guerres civiles n’aiant _
ni loix, ni coutumes ni langage fixe ; les Nobles ne connoissant que la Tableau duguerre & 1 oisiveté : les Eccléuastiques vivant dans le désordre & l’ignoran- «s»® *ce, & les peuples fans industrie croupissant dans la miscre. Richelieu LouisXIV -& Mazarin abbaisserent les Grands & les rendirent dépendans de la Cou LesSckn 'ronne. Ce fut le premier pas fait pour l’aggrandissement de la FranceL’Autorité Royale avoit été presque anéantie; chaque Seigneur fefoit léSouverain, étoit un Tiran dans fes terres, & sesoit simplement homma-ge aú Roi ; souvent meme le refusoit. La France, comme nous savonsvu, etoit partagée en Fiefs, les Loix croient féodales, & j e Royaume segouvernoit comme un grand Fief plutôt que comme une Monarchie Laforce seule ne pouvoit opérer le changement nécessaire; il selloit changerles mœurs, les coutumes & Jes préjugés. C’est ce que Louis XIV L feshabiles Ministres entreprirent courageusement & ce qu’iís exécutèrentheureusement. Ce fut en éclairant les esprits, en introduisant les Scien-ces , & en dissipant les sombres nuages de l’ignorance dont la plus grandepartie de l’Europe étoit encore envelopée , que ces grands desseins s’ac-complirent. L'Académie des Expériences, établie à Florence par Léopoldde Medicis & la Société Royale de Londres, firent naître à M. Colbertl’idée d’une Académie des Sciences, qui servit bientôt á leurs progrès Onn’épargna ni soins ni dépenses pour engager de grands hommes à ho-norer -cette Académie de leur présence. Colbert attira d’Italie Domini-que Caífini & Huygens de Hollande par de fortes pensions. On bannitles ténèbres qui obscurcissaient la raison, & le jargon des écoles. LesPhysiciens ne chercherent plus la Pierre Philosophale, ni les Astronomes áprédire 1 avenir par 1 inspection des Astres. On cultiva toutes les parti esdes sciences & particulièrement celles qui ont trait à futilité du genre hu-main, aux interets de la Société, & a 1 avancement du commerce. Onrouvrit les Ecoles de Droit; on établit dans toutes les Universités de Fran-ce un Professeur de Droit François. En un mot l’efpric de sagesse & debon sens détruisit insensiblement ces bizarres préjugés & ces idées super-stitieuses, qui a voient mis pendant si longtems des entraves à la raison <Sctenu les esprits dans l’esclavage. C’est à cette raison naiíîànte que M deVoltaire attribue cette célébré déclaration de Louis XIV de 1 Ó 72 , qrsi’dé-fendit aux tribunaux d’admettre les simples accusations de sorcellerie. Onne l’eût pas osé sous le régné de son FrédecelTeur, & alors on la regardacomme une preuve du bon sens & de l’humanité du Roi. °
La faine Philosophie ne fit pas néanmoins en France d'aussi grands pro- Artgrès qu’en d’autres Pays ; ceux qu’on fit furent dus au Roi & à Colbert *'qui fut toujours tirer le mérite de l’obfcurké, & exciter la modestie à fairevaloir fes talens. L’Angleterre j’emportoit fur la France pour la Géome-