Sect. VII.Hist. d’Al-iemagne.1254-1313.
Tiêve.
Méconten-tement deí Empereurcontre lesFrançois^
Mort d’In-nocent IVb J on ca-jaílere.
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4 HISTOIRE DE L’EMPIRE-
sons qu’il avoit fait rentrer fous son obéissance, Guillaume de Hollande vintdans le Ilaynaut, arrêta les progrès des ennemis, & se disposoic à livrer ba-taille au Comte d’Anjou, très-impatient lui-même de terminer cette querellepar une action décisive. Charles étoit le plus soible, & il eut vraisemblable-ment succombé, si, par bonheur pour lui, quelques Seigneurs François pa-ïens des d’Avesnes n’euísent offert leur médiation aux chefs des deux partis;elle fut acceptée; après bien des difficultés, il fut conclu une trêve, & l'onconvint que de part & d’autre les choses resteroient au même état où elles-étoienc alors, juíqu’à ce que par un traité plus décisif cette affaire fût entierrcment terminée; elle ne le fut que deux ans après par le Roi de France,,aux instauces duquel Charles d’Anjou consentit, quoiqu’à regret de se désisterde la cession qui lui avoit été faire de Valenciennes &'du Ilaynaut; quantau reste, il fut statué que le jugement des arbitres subsisterait & seroit éxé-cuté de part & d’autre. Ces conditions, quoique très équitables, ulcérèrentGuillaume de Hollande, qui ne pardonnoit point au Roi de France de n’a-voir pas voulu accabler Marguerite & les Dampierres;.& son reíîèntiment futtel, que les Seigneurs François & S. Louis lui-même ne doutèrent point,lors de Tavénement de Guillaume au trône impérial, de le voir rassemblertoutes ses forces contre la France, mais Louis & les Seigneurs Françoisconnoissoient peu la situation de Guillaume; elle n’étoit alors rien moinsqu’heureufe,. & malgré toute la fageílè des mesures qu’il avoit prises à la die-te de Francfort, bien loin de songer à des entreprises contre les Puiffàncesétrangères, il ne pouvoir parvenir ni à faire cesser les troubles qui désoloientl'Empire, ni à se faire obéir en Allemagne, où il ne voyoit de toutes parts■ que des factions h réprimer, des traîtres à punir, des révoltes à étouffer,des conjurations h détruire, & des villes à défendre. (1) L’autorité de GuiLlaume n’étoit pas plus respectée au delà des Alpes qu’elle l’étoit en Alle-magne; l’Italie étoit toujours un malheureux théâtre de discordes, de dis-sensions, & de guerres civiles. Nous avons parlé dans un autre endroit dece que fit Innocent IV pour achever d’accabler la maison de Suabe, & pours’emparer du trône de Sicile, au préjudice du jeune Conradin & deMainfroy,& des sages mesures que prit celui-ci pour s’y opposer (2).
Innocent, sans atteindre le but qu’il s’étoit proposé, mourut après avoir oc-cupé le S. Siégé,ou plutôt, après en avoir violemment abusé, pendant onze ans,cinq mois & quatorze jours. L’Italie, l'Allemagne, l’Europe entiere euslèntété heureuses, s’il ne fut jamais né ; son caractère ambitieux & turbulent,ses vues d’aggrandiílèment & d’usurpation, son projet insensé de dominer surles Rois & les peuples, désolèrent les nations, allumèrent la plus cruelle &la plus funeste des guerres ; il ne s’occupa que du soin de bouleverser l’Eu-rope , & malheureusement il transmit à son successeur cet esprit d’injustice &de domination qui l’avoit caractérisé (3).
Tandis que ce successeur, le Cardinal Rainald, Evêque d’Ostie, neveu duPape Grégoire IX, prenoit, sous le nom d’Alexandre IV, possession de lachaire Pontificale, & tâchoit vainement de remplir les desseins ambitieux de
(1) Chronic, Albert. Abb. Stad. Spener i/í/î. Germ. univ. ad ann. 1253-1254. (2) V. no-ire 37 Tome p. 112, (3) Dom Capecelatro & d’Iìgly. Hist. des Rtis des deux Sicìles .