D’ALLEMAGNE. Liv. XXV. Sect. VIII. 139
n’en avoic eu Jacques d’Oiïà de Cahors: il écoic avide de richesses, dévorédu défir d’élever ses parens au comble des honneurs & de l’opulence. Dureste, il étoic presque tout aussi avide de plaisir : il vouloit que par le faste &la magnificence, sa cour égalât, &, s’il étoit possible, qu’elle éclipsât cellesdes Rois: il aimoic à se faire escorter d’une nombreuse suite de chevaliers:ses parens auxquels il prodiguoit ses trésors & les plus riches bénéfices é-toient, pour la plupart des jeunes gens fans moeurs & d’une vie scandaleuse,ce qui ne l’empêcha point d’en élever plusieurs au cardinalat. II le piquoittrès-peu lui-même de donner l’exemple de la décence. Dans son palais,& jusques dans fa chambre h coucher, il étoit toujours environné de jeunesfemmes. Ses assiduités auprès de la Comteílè de Turenne, & le peu de foinqu’il prenoit de dérober au public, son amitié pour elle scandalisoient lessages, révoltoient le peuple, & autorisoient les désordres des jeunes libertinsde fa cour. îel étoit Clément VI, qui fut a peine assis fur la chaire Pon-tificale qu’il s’attacha à renverser Louis V du trône de l’Empire (1).
Mais si l’Empereur étoit menacé des attaques d’un violent persécuteur,la mort de Robert, Roi de Naples le déiivroit de l’un de ses plus implaca-bles ennemis. Robert le plus sage & le plus éclairé des Princes de son teins,laisii fa couronne & d’immenses trésors à Jeanne, fa petite-fille, & nommadés administrateurs pour régir le gouvernement, jusqu’à ce que Jeanne, fortjeune encore, eût atteint sa 25 e année. Sous prétexte qu’en qualité de Sei-gneur suzerain le gouvernement de ce Royaume lui appartenoit, ClémentVI, cassant le testament de Robert, défendit aux Administrateurs de s’ingé-rer en aucune maniéré dans la tutelle de Jeanne, ni dans l’administration duRoyaume, dont il confia la régence à un Cardinal. Le Royaume de Na-ples n’étoit cependant pas le principal objet des foins du souverain Pontife,c’étoit en Allemagne & contre Louis V qu’il se donnoit les plus grands mou-vement Irrévocablement décidé à perdre le chef de l’Empire, il publia unebulle dans laquelle rassemblant les dénonciations & les calomnies imaginéespar ses prédéceílèurs, comme fes crimes , ajoûtoit-il, deviennent chaque jour■plus énormes , & que nous ne pouvons nous empêcher de f en punir , nouslui ordonnons de fe désister dans trois mois de l'Empire, de quitter le titrede Roi , & toute autre dignité, & de venir en personne ste soumettre à nosordonnances; lui déclarant qu'à faute de foumijston, nous procéderons contrelui temporellement ô? spirituellement , suivant Vénormité de ses actions (2).
Peu content d’envoyer cette bulle à tous les Prélats d’Allemagne, avecordre de la publier & de la faire afficher, Clément VI répondit avec hau-teur & renvoya durement les agens que l’Empereur, aussi modéré que sonennemi se montroit violent, lui avoit envoyés. A peine le délai de trois moisfut écoulé, que l’altier Pierre Roger assemblant les Cardinaux en consistoire,déclara Louis contumace , & notoirement convaincu de tous les crimes dontJacques de Cahors avoit jugé à propos de l’accuser, mais l’Empereur avoitécrit au Roi de France que ce seroit à lui qu’il s’en prendroit des procédu-res que le Pape fairoit, & Philippe écrivit si fortement au souverain Ponti-fe , que celui-ci n’osa passer outre. Mais si Clément VI fut contraint, par
Hist. d’Al-lemagne,1314-1400.
Mort de R o.bert, Roi dtNaples.Clément VIcajse sontestament.
Bulle auda-cieuse deClément VIcontreLouis V.
1342 .
(>) Raynald ad ami. 1342. No. 42. usque ad N". 57. (2) Albert Argentin, P. 253.
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