D’A LLEMAGNE. Lîv. XXV. Sect. VUl. 153
La couronne de Charlemagne coutoic trop de soins, & peut-être trop de //•/?. ^’Afremords à Charles IV, pour qu’il ne craignit point de la perdre, & comme lemngne,•il connoiíToit illégitimité de fa premiere élection, & l’irrégularité des moyensqu’il avoit employés pour sc conserver le rang suprême, son premier soin, jlorsqu’il se crut bien assuré de rattachement des Electeurs, fut, afin de préve- nem ensà "nir d’avance les avantages que quelque ambitieux pourroit prendre tôc ou tard Aix u CUi-contre lui, de illégitimité de son couronnement fait à Bonn, d’aller se faire làsolemnellement couronner à Aix la Chapelle, ainsi que impératrice Anne,fille du Comte Palatin, sa nouvelle épouse (i).
Le parti du respectable Louis V se voyant de toutes parts entièrementabbatu,& trahi par les fils mêmes de cet illustre Monarque, la plupart des vil-les d’Allemagne désiroient de rentrer dans le sein de l’Eglise, d’où leur fidé-lité à Louis V les avoit fait exclure; mais la formule d'abjuration h laquelleClément VI vouìoit qu’elles se soumissent paroiííànt trop dure à quelquesunes, à celle de Mayence fur-tout, cette réconciliation fut remise à d’au-tres tems. Les Cordeliers qui s’étoient montrés si zélés partisans de Louis,furent moins difficiles, ils déclarèrent tout ce que le Pape voulut qu’ils décla-rassent, & ce même Louis dont ils a voient fait tant de fois l’apologie, ils lereconnurent fchifmatique, hérétique, damné : renoncèrent expressément à cequ’ils appellerent alors son hérésie, ainsi qu’aux erreurs de Marsile, qui étoicmort en Italie en 1329, & de Michel de Céfene, qui en 1343 avoit fini sesjours à Munich, hérétique suivant les uns, excellent catholique suivant leplus grand nombre, & dans la vérité, zélé partisan de Louis, mais pitoya-ble écrivain, & Théologien absurde & fanatique (2).
Aux guerres de Religion & aux dissensions civiles excitées par l’ambition& la haine de Rome on vit en Allemagne succéder l’esprit de vertige & laplus complette démence. Depuis 4 ans une peste terrible qui désoloit & ra-vageoit successivement toutes les parties de l’Europe, avoit commencé à
(1) Alb. Argent. Elenr. Rebdorf. Trithemius. Cet Empereur dont la fortune psrois-soit prendre un soin si particulier, & dont le succès couronnoit toutes les entreprises,quoiqu’il ne format guereque des projets injustes, Charles, Roi de Bohême, fils de Jesnde Luxembourg & petit fils de l’Etnpereur fleuri VII étoit né à Prague en 1316 & avoitreçu à son baptême le nom de Wenceslas: dès l’âge de 7 ans élevé à la cour de Fran-ce, fous les yeux du Roi Philippe le Bel, époux de Marguerite de Luxembourg, sœurdu Roi Jean, il avoit, suivant l’usage de ce tems reçu a u Sacrement de la confirma-tion le nom de Charles, & par tendresse pour l’époux de Marguerite sa tante, il pré-féra ce nom à celui de Wenceslas. 11 reçut à la cour de France une excellente éduca-tion, il fit sous les plus habiles maîtres des progrès rapides dans les sciences, dans leslangues sur-tout, & il parloit avec une égale facilité l’AIlemand, le Bohémien, le La-tin, le François & l’itaíien. Des fa 17e année il fut investi par Jean son pere, du Du-ché de Moravie; & 14 ans après, à la mort du Roi Jean, il monta au trône de Bo-hême, & fut contraint de céder la Moravie au Prince Henri son frere, qui ivoit tentéde lui ravir le sceptre de Bohême; un autre de ses freres nommé Wëncefás, eut leComté de Luxembourg. Charles continua de mériter des éloges par fa pndence, fadouceur & son ardent amour pour les lettres, & il éprouva que dans les Princes, ainsique dans les hommes ordinaires, ces qualités ne sont rien moins qu’incompaábles avecl’ambition, l’avarice, la dissimulation, la perfidie & la bassesse; car ces défaut;, ou pourdonner aux choses les noms qui leur conviennent, ces vices odieux dans les particuliers& détestables dans les Princes caractérisoient Charles IV. CuJ[>iimn in Vit. Ça:ol. IV.
(2) Spener. Raynald. aii ann . 1343. N». 15, 16.
Tome XL. V