Sp.ct.VIII.J-lifl. d’Al-lemagne ,1314 H°°-
Genre dedévotionsingulier &très-licen-Ueux,
Persécutioncontre lesJuifs: sou-lèvement àStrasbourg.
154 HISTOIRE DE L’E M P I R E
étendre ses fureurs dans les contrées Germaniques, & les Allemands s’étantpersuadés que le plus infaillible moyen d’arrêter les progrès de ce fléau de»structeur étoit d’appaiscr le Ciel irrité: quelques imbécilles imaginèrent deremettre en vigueur les austères & très-rigides pratiques des Flagellans, cetteidée fut reçue comme une inspiration d’en haut, & bientôt la fureur de fefouetter publiquement fut si généralement adoptée, qu’on ne voyoit dansles villes & les chemins que de nombreuses processions, quelques - unes dedix mille personnes, de tout sexe, de toute condition & qui nues jufqu’àla ceinture, chacune, la main armée d’un fouet plein de nœuds & armés depointes de fer par le bout, fe déchiroient les épaules & la poitrine. L’Egli-fe commença par donner de grands éloges h cette rude pénitence, qui n’é-toit cependant rien moins qu'un bon préservatif contre la peste: toutefois,,après bien des ravages ce fléau ceflà, mais on avoir pris tant dë goût aux fla-gellations publiques, que cette manie resta, & bientôt il fe glissa parmi lesflagellans un si grand nombre de libertins & d’hypocrites ; fous prétexte deflagellations nocturnes, il fe pafloit tant d’indécences, & tant d’horreurs par-mi ces pénitens, que Clément VI & Charles IV furent contraints de pu-blier contre cette trop licentieufe confrérie les édits les plus féveres (1).
Cette maniéré d’arrêter les fureurs de la peste n’étoit que ridicule, maiselle avoir été précédée par la plus barbare des atrocités, par une violentepersécution des Juifs, objets de la haine du peuple, imbécille, quand il n'agitque d’après ses propres idées, & sanguinaire & féroce lorfqu’il fuit les im-pulsions du fanatisme. Quelques scélérats dirent que les Juifs avoient empoi-sonné les puits & les fontaines, & que c’étoit de-là que provenoit la peste& ses ravages. D’après cette stupide déclaration, la populace, dans la plu-part des villes fe jeta fur les malheureux Juifs, en massacra une partie,chassa les autres & les traita violemment fans distinction de sexe ni d'iìge. LesMagistrats de Strasbourg, trop équitables pour souffrir qu’on opprimât ainsil’innocence, permirent aux Juifs de fe barricader dans leur quartier, & de fedéfendre même contre quiconque viendroit les attaquer. Les Strasbour-geois très - mécontens de cet acte de justice, & ameutés per Jean Bettochold ,Boucher , homme insolent, impitoyable, fe soulevèrent contre les magi-strats, les dépoferent, créèrent un nouveau sénat composé d’une foule demisérables, à la tête duquel ils placèrent leur chef Jean Bettochold: alorsles Juifs furent bientôt jugés; on en conduisit deux mille dans leur cimetière,où on les brûla vifs (2).
Justement irrité de cette horrible exécution, Charles IV envoya des ordrespour faire ceflèr cette boucherie, & déclara qu’il prenoit les Juifs fous faprotection. Ces ordres ne firent aucune impreflìon fur les Strasbourgeoissils fe liguèrent avec les Seigneurs qui s’étoient déclarés ennemis des Juifs:& les principaux d’entre ces seigneurs étoient l’Evêque Berthold, l’Abbéde Mourbach, les Comte de Wirtemberg, de Fribourg, de Hohenberg,.de Furfremberg & plusieurs autres. Ce qui dévoileit les véritables motifsdu zele de ces seigneurs confédérés, étoit la clause par laquelle ils firent
(O Dubrav. Hijl. IJcjem. p. 457. Eoileau W fl. des Flagellons. (2) Albert Jk*§enúa. p. 143. Ij.for. Alfac. L, 25. Basnage Hi/l. des Juifs, Tom. iî-1314,