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HISTOIRE DE L’E M P I R E
Sect.VIII. les dévastations qu’il alla porter, réuni au Marquis de Bade & au Comtefíist. d’Al- Palatin, jusques, fous les murs de Strasbourg. Ruinée, dépeuplée & en-lemagne, tierement ravagée dans toutes ses parties, l’Alsace étoìt réduite à h plus dé-1314-1400 . pi ora bi e situation, lorsque, par la médiation de quelques seigneurs de l’Em-pire cet affreux brigandage finit par un traité de paix, d’autant plus onéreuxau peuple , que les villes furent contraintes de payer aux mêmes sei-gneurs qui avoient dévasté le pays, des sommes très-considérables, & deleur remettre celles qui leur étoient dues à elles mêmes par ces mêmes sei-gneurs (1).
L’atrocité de ces hostilités fut telle, que Wenceslas lui-même, malgréfa cruauté naturelle, en parut ému, & que se réveillant de la honteuse lé-thargie qui l’engourdissoit à Prague, il convoqua une diete à Egra, où il fitrenouveller la paix publique & caslànt les traités de ligue conclus entre lesPrinces & les villes, fit ordonner que celles-ci resteroient dégagées des som-mes qu’elles s’étoient obligées de payer. Mais content de donner ces or-dres, qu’il n’avoit pas la force de faire exécuter, Wenceslas mit fin à la die-te & courut se renfermer dans la crapule qui faisoit ses délices, dans son pa-Conduite lais de Prague. A peine la diete eut cessé, que les troubles recommence-
Tyrannique r er.t avec plus de véhémence, &, l’indigne chef de l’Empire croyant avoirde pf ^ a " encore plus fait que ne pouvoient l’exiger les obligations de son rang, ne son-Wtnctjlas. g ea plus qu’à ses plaisirs, & se rendit d’autant plus méprisable, que pour as-servir ses passions, il accabloit la Bohême d’impôts, dépouilloit en brigandles riches citoyens des biens qu’ils possédoient, & se les approprioit h titre deconfiscation, les partageoit avec une troupe de femmes perdues, & une fou-le de scélérats, seuls courtisans & seuls ministres qu’il voulut souffrir à sacour. Les Bohémiens opprimés, foulés impitoyablement par le tyran, enproie aux horreurs de la famine, étoient d’autant plus malheureux, que lefaste le plus insultant régnoit à la cour de leur Souverain, où l’on voyoit sesuccéder les fêtes les plus bruyantes, les festins, les bals, & tout ce quela plus effrénée débauche a de tumultueux.
Aussi respectable, aussi vertueuse que son lâche époux étoìt vil & odieux,l’Impératrice Jeanne, peu contente de gémir sur la situation des malheureuxBohémiens, s’épuisoit pour soulager, autant qu’il étoit en elle, la misere publi-que; ses pierreries, son argent, ses meubles, ses habits, elle donna tout;& quand il ne lui resta plus rien, elle alla se jeter aux pieds de Wenceslas,& les yeux baignés de larmes, elle le conjura d’avoir pitié de ses sujets, &de ralentir du moins le cours de ses débauches & de ses prodigalités. Lefarouche Wenceslas jetant fur elle des regards de fureur, la repoussa dure-ment & lui défendit, fous peine de la vie, d’oser jamais l’importuner (2).Jeanne se retira le cœur brisé de douleur, & s’abandonna au chagrin. Lesméchans sont toujours soupçonneux; à la tristesse de l’Impératrice, h la mé-lancolie qui la dévorait, Wenceslas imagina qu’elle méditoit quelque projetfinisse, & curieux de connoître ses desseins, il envoya chercher le prêtreJean Népomucene , & voulut absolument qu’il lui révélât la confession de
(1) Tritheraius ai antu 1388. Wencker. Herniinn. (a) Iiïjì. Luxtmb. Livre 57.Dubuvius. tìfi. Bqm. L. 23.