3|6 HISTOIRE DE L’EMPIR E
j quartier, arborèrent le croissent fur les ramparts & pendant trois jours seíì-Hifl. d’Al- vrerent à tout ce que la fureur, la débauche & la certitude de l’impunitélemagne, peuvent inspirer d’atroce & de licentieux L des brigands (i).
1440-1519- Les Princes chrétiens qui auroient pu prévenir la prise de Constantinople,
- en furent au désespoir aussitôt quelle fut au pouvoir des Turcs. Frideric &
les Princes Allemands témoignèrent les plus grands regrets de ne lavoir passecourue. Le premier, durant les préparatifs de Mahomet, étoit d’avis d’in-diquer une ville où se íâssembleroienc tous les Souverains, afin de convenirdes efforts que chacun pourroit faire pour chasser les insidelles. L’Empereurécrivit dans ces vues au Pape, qui indiqua Ratisbonne,où les Princes allarmésfe réunirent.; mais ce n’étoit pas asse.z, Aeneas Sylvius qui dans cette assem-blée .fit briller son éloquence, vouloir qu’on y appellât le Roi d’Arragon,les Génois, les Florentins, & les Princes Souverains d’Italie, les Rois deFrance, d’Angleterre, de Pologne, de Hongrie, de Dannemarck, de Suede,de Norwege & d’Ecosse; ou que du moins ils y envoyassent des Ambassa-deurs. Le Pape écrivit à tous; mais chacun eut des raisons ou des prétextespour éluder les secours.; il y'eut une assemblée à Francfort plus nombreuseque celle de Ratisbonne. Aeneas Sylvius amena les Princes Allemands &les députés de quelques Souverains de l’Europe; ils fe rendirent a Neustadcauprès de l’Empereur, pour prendre une derniere résolution. Dans ces cir-constances Nicolas V mourut & Calixte III lui succéda. L’Empereur lui en-voya deux députés, l’un étoit Aeneas Sylvius qui l’assura de la part de cePrince, qu’il contribueroit de toutes ses forces à I’entreprise projetée contrele Turc, & qu’il lui répondoit des Princes Allemands, du Roi de Naples,daDuc de Bourgogne, de Charles VII, Roi de France, des Anglois, des Castil-lans, des Portugais, enfin de tous les peuples de la chrétienté. Le Pape seul
rem-
Nous renvoyons pour ce siégé, â la relation qui s’en trouve dans notre Hijl. de ÏEm-pire Ottoman Tom. XXII. L. XVIII. Cb. VIII. ò'est. 1. p. 492. U juiv. mais nous croyonsdevoir ajouter ici l’Anecdote suivante qui y a été omise & qui prouve ['incroyable atrocité deMahomet II. Une jeune Princesse de la plus brillante figure,cachée dans un souterrainavott échappé au massacre & à la brutalité des vainqueurs : un Bacha qui la découvrit étonnéde ses grâces & de l’éclat de fa beauté, la prit & la conduisit à Mahomet: ses larmes,ses attraits émurent le Sultan; qui après l’avoir contemplée quelques inltans avec admi-ration, s’en saisit, s’enferma .avec elle, & en monstre, inaccessible à la pitié, en abusafans respecter ses pleurs, ses prières, son rang ni sa jeunesse: pendant trois jours il nela quitta point. & s’énivra de plaisir, supposé qu’il puisse y en avoir à déshonorer bru-talement & à outrager une jeune victime hors d’état de fe défendre. Cependant, lesJanissaires ne voyant point paraître Mahomet, & opinant qu’il ne pouvoit quitter labelle Irene, murmurèrent; un Vísir alla dire à son maître que le vainqueur de Constan-tinople n’étoit pas fait pour s'amollir aux pieds d’une captive, & que l’armée etvtierecondamnoit hautement cette passion, 3 laquelle il paroissoit sacrifier fa gloire. Non, Viíir,répondit le cruel Mahomet, dites à mes Soldats que c’est eux-mêmes qu’ils déshono-rent par ces lâches accusations, rassemblez les bientôt, leur Empereur paraîtra devanteux. & ils lui rendront plus de justice. Trop fidelle en effet à cette promesse atroce,Mahomet paraissant devant son armée assemblée, fit conduire à ses pieds Irene revêtuedes plus brillants habits. A cette vue les Ottomans étonnés,enchantés,excusèrent leurmaître; quel d’entre vous, leur dit celui-ci, me reprochera d'avoir sacrifié quelques jour-nées à cette jeune personne?On gardoit le silence, oui je l’aimois, ajoûta le barbare,mais voyez comme je fais me vaincre, ct les yeux enflammés décoléré, saisissant irenepar. es cheveux, il lui trancha la tête d un coup de cimeterre. Ducss, cap. 39. Naucier»Sagrtdi, in vitai Mahomet II.