D’A L L E M A G N E. Liv. XXV. Sect. X. 347
qu'il avoit essuyé, & lorsque par sa feinte tranquillité, il eut trompé ses enne-mis, il se mit soudainement à la tête d’une armée nombreuse, al!a mettre lesiégé devant Croie qu’il emporta d’assaut & soumit l’Albanie entiere. A cettealiarmantc nouvelle, Sixte IV se hâta. d’écrire h Casimir & h Mathias que leursEtats également menacés, il étoit pour eux du plus grand intérêt de se réu-nir contre le conquérant qui ne tarderait point à les attaquer l’un & l’autre.Les Rois de Hongrie & de Pologne encore plus allarmés que le Pape de l’in-vasion de l’Albanie & de la proximité de leur ennemi, sentirent l'intérêt ex-trême qu’ils avoient à terminer leurs différons, & par le traité qu’ils conclu-rent, il fut convenu que la Silésie & la Moravie appartiendraient h Mathias,que Ladislas garderait pour lui la Luface & la Bohême, & que si i’un des con-tra ctans mourait sens postérité, le Royaume entier passerait sous la domina-tion de l’autre. II est vrai que Casimir & Mathias érasent alors de tous lesPrinces de l’Europe, ceux qui étoient les plus directement intéressés h s’op-poser h Mahomet; mais il est vrai aussi que la plupart des autres Souverains,étoient trop occupés chez eux pour s’armer contre les Turcs; Frideric h lavérité avoit les plus fortes raisons de se liguer avec les deux Monarques &de faire tous ses efforts pour repousser les Turcs; mais Frideric n’étoit rienmoins que guerrier & son indolence extrême ne lui permettoit pas de formerde telles alliances. D’un autre côté des démêlés particuliers, des guerres &des vues intéressées de politique rendoient le reste des Souverains de la Chré-tienté, fort indifférons fur les Hostilités, les invasions & les conquêtes duSultan Mahomet. Charles, Duc de Bourgogne l’un des plus opulens, cesplus ambitieux & peut-être le Prince le plus entreprenant, de son siécleavoit eu de violentes querelles avec Louis XI Roi de France, & le Duc deLorraine avoit soutenu la cause de Louis: ces démêlés furent pacifiés, maisle Duc de Bourgogne fous prétexte de se venger du Duc de Lorraine lui dé-clara la guerre, envahit la plus grande partie de ses Etats, & traita les habi-tans en vainqueur irrité, ou plutôt en brigand. II étoit très-naturel, que isRoi de France volât h la défense du Duc de Lorraine qui ne s’étoit exposé auressentiment du Duc de Bourgogne, que pour avoir pris les intérêts de laFrance: mais on fait que la reconnoiílànce n’étoic point une des vertus deLouis XI qui étoit au contraire le plus ingrat d:s hommes, aussi accueillit-iltrès-froidement son ancien allié, qui implora avec plus de succès Je secoursde la ligue Helvétique, Nous avons di: ailleurs avec quelle chaleur les Suissisembrassèrent la cause du Duc de Lorraine, & combien la guerre qu’ils-firentLUX' Duc de Bourgogne fut fatale à co dernier, qui honteusement battu, com-plettement défait, perdit fa gloire, & la vie dans le dernier combat qu’il osalivrer aux Suisses (1).
Quand Louis XI avoit refusé de secourir le Duc de Lorraine, ce n’avoitpas été par amitié pour le Duc do Bourgogne qu’il détesioit, mais qu’il crai-gnoit aussi, & qu’il n’ofoit irriter. A peine il eut appris la nouvelle de la mortde ce Prince, qu’il forma le prose t d’envahir ses Etats, mais il ne put si biendissimuler que Frideric ne démêlât ses vues, & Frideric étoit tout au moins
Hifl. d’AI-lemagne,1440-is> 9 »
Hostilité}des Turcsen Albanie,
Guerre er.trele Duc deBourgogne(y les Suis-Jes.
H73-I477
(1) Voy. dans cetíe collection: le To:n. 39. Hist. des Suisses Chap. XV, Section VI.pag. 210, 211 & íuiv.
Xx 2