D’A L L E M A G N E. Liv. XXV. Sect. XI. 385
les circonstances, il demandoit grâce & se soumettroit pour l’obtenir à une jjist. d’Al-rétractation humiliante; quoiqu’il en soit, ses protestations parurent insuffi- lemagne,santés, & la Cour de Rome proposa à Luther de s’en rapporter au jugement : 5 iSH 558 «de l’Archevêque de Trêves. Luther consentit à une conférence: mais l’Ar- '• 'chevêque ayant appris que le Cardinal Cajetan, devoit assister à toutes cellesqui se tiendroient à ce sujet, elles n’eurent point lieu ; la Cour de Romene voulut pas retirer ses pouvoirs à Cajetan, qui ne pouvoit que gêner la li-berté des disputes & influer dans les jugemens. C’est ainsi que cette cour,par ses prétentions & par son inflexibilité, a souvent été funeste à l’EgliseRomaine. Cette démarche qui indisposa les partisans de Luther contre leSaint íiege, lui fut favorable : il ne songea plus qu'à augmenter le nombre deses disciples, & eut bien désiré pouvoir y comprendre le célèbre Erasme,qui, sans adopter ses dogmes, partageoit de bonne-foi son indignation contreles mœurs relâchées du Ciergé. C’est à cette indignation qui lui étoit com-mune avec tous les honnêtes gens, de quelque parti qu’ils fuflènt, qu’Eras-me dut les inculpations que lui firent quelques Docteurs, d’avoir favorisé leparti de Luther; mais de telles accusations font des éloges, quand le véritable'motif en est connu.
Luther publia de nouveaux ouvrages également contraires à la puiílàncedes Papes, & favorables aux Princes Souverains. 11 écrivit contre le célibatdes prêtres, auquel il attribuoit leur vie licencieuse ; contre les vœux monas-tiques, qu’il regarda comme un attentat fait à la nature; il fe déchaîna sur-tout contre le Pape & l’opulence de la cour de Rome, avec plus de véhé-mence qu’il ne l’avoit encore fait; il exhorta les Princes Souverains h s’em-parer des biens & des fonds attachés aux Evêchés, aux Abbayes & aux Mo-nastères. Ces exhortations fructifièrent rapidement dans le cœur de plusieursPrinces d’Allemagne, qui fe déclarèrent maîtres des biens ecclésiastiques qu’ilstrouvèrent à leur bienséance; le Roi de Dannemarck trouva cet exemplebon à imiter, il embraflà la Doctrine de Luther, qui se répandit bientôtdans la Suede & dans la plupart des Etats voisins de f Allemagne. C’est à-peu - près dans le même tems , que le célèbre Zuingle, curé d’une petiteparoisse de Suisse, autorisé par les progrès de la doctrine de Luther, excitépar les trafics honteux des vendeurs d’indulgences, par l’ignorance & le li-bertinage des prêtres, attaqua les indulgences, comme des pratiques supersti-tieuses; s enhardit peu-à-peu à porter ses vues fur les principaux dogmesde f Eglise; & confondant les excès des ministres & les abus de la Religionmême, il soutint que la confession auriculaire n’avoit été imaginée que pourconsoler les pêcheurs, & non pour les absoudre. II soutint que le Purgatoireétoit une chimère, inventée par l’avarice des prêtres, dans des tems très-postérieurs à rétablissement du Christianisme ; que les vœux de chasteté sontinutiles; il penfoit comme Luther fur le célibat des prêtres & fur plusieursautres points : on verra dans la fuite les guerres sanglantes & les révolutionsque ces nouveaux dogmes occasionnèrent.
1527 .
La décadence de la Chambre Impériale avoir causé les plus grands désordres -dans le Corps Germanique ; tous les abus du gouvernement féodal, duels, ‘Jj'J'guerres particulières, exactions arbitraires renaissioienc, & la violence étoit éri- c hambrègée en droit. Le rétablissement de la Chambre étoit le seul remède à tant ln>:»isìe.
Tome XL. Cec