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42 (1780) La continuation de l'histoire du royaume de Pologne, l'histoire du royaume de Prusse, celle de l'empire de Russie et les cinq premières sections de l'histoire du royaume de Suède
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TejlamentdeThéodore.Pierre c?Iwun.

Intriguesde Sophie.

DE R U S S I E, Liv. XXX. Sect. IV.

prunter l'argent de leurs sujets; mais il en est peu qui leur en prêtent. Théo- im dedore se maria deux fois, & cependant il mourut sens postérité: il semble i n - Ruffie.concevable qu’un Prince íì jeune qui ne jouit pas un seul instant d’une íànté -598-16H5.égale, ait fait de fi grandes choses. C’étoit une ame forte, logée dans un —‘corps débile. Dans cet homme singulier, le moral étoit indépendant du phy- ' 2 '

fique. Iwan, son frere, avoit un corps auíîî foible ; & son ame l’étoit plusencore: incapable d’étude, ne concevant qu’avec effort, & souvent ne con-cevant pas, plus fait pour traîner une vie langui fiante au milieu des méde-cins, que pour travailler avec des ministres, il inspiroit moins de respect quede compaíìion. Théodore craignit, que, fous un tel Souverain la Rusile nefût déchirée par des guerres civiles', & accablée par ses voisins. II l’écartadu trône, & nomma pour son succefieúr son frere du second lit, Pierre, quin’avoit que dix ans, mais dont les forces & l’efprit dévançoient les années.

La Princeflè Sophie fut indignée de cette disposition: elle s’étoit flattée degouverner fous le nom du foible & malheureux Iwan: elle avoit du génie,de l'audace, de Pambition; son amitié pour son frere, l’injustice faite à cePrince, la loi de la primogéniture à conserver, jamais on ne trouva de pré-textes, plus heureux pour faire une révolution. Sophie, au lieu de se jetter dansun cloître comme faifoient les filles du Czar à la mort de leur pere, se mith la tête de PEtat. Elle souleva les Strélitz, milice dangereuse, quilsavoitni le courage, ni Padreflè des Janissaires, mais qui en avoit toute Pinsolence.

Ils coururent au palais, & le remplirent de cris tumultueux : pour les ap- ^ m i te ^passer, (1) il fallut leur livrer neuf de leurs Colonels ; ils les condamnèrent strélitz ;aux battocz: maniéréd’infliger le knout, moins cruelle, mais non pas moins désordresignominieuse; ces colonels fouettés par leurs soldats, furent obligés de les a ff rsux ‘remercier, & de leur payer leur peine. Sophie avoit fait convoquer une as-semblée, dans laquelle elle avoit fait valoir les droits incontestables du Prin-ce Iwan : le but du testament de Théodore étoit de prévenir la guerre civile ;

& ce testament même devint le flambeau de la discorde. Sophie persuadeaux Strélitz que Théodore a cté empoisonné par un médecin Hollandois, queles Nariskin font les auteurs de cet horrible complot, qu’Iwan Nariskin, on-cle de Pierre, a voulu étouffer le légitime héritier du trône; elle leur donne'ensuite une liste de quarante proscrits, tous amis des Nariskin, tous dévouésà la mort. Jamais ordre sanguinaire ne fut exécuté avec plus de promptitude :les Knés Dolgorouki & Matheoff font précipités par les fenêtres ; les Strélitzqui étoient au bas, les reçoivent fur la pointe de leurs piques ; Athanase Na-riskin, oncle de Pierre, est massicré: ces assassins, les mains sanglantes, leblasphème à la bouche, la fureur dans les yeux, entrent dans une église,arrachent de l’autel trois proscrits qui s’y étoient réfugiés, & les égorgent.

Le jeune Soltikof paflè en ce moment: il étoit aimé des Strélitz; dans leurdélire, ils le prennent pour Jean Nariskin & l'assomment: „ ce qui décou-» vre bien les mœurs de ce temps-là, " dit M. de Voltaire dont nous emprun-tons ce récit; „ c’est qu’ayant reconnu leur erreur, ils porterent le corps» du jeune Soltikof à son pere, pour l’enterrer ; & le pere malheureux, loin

. .C 1 ) dPft- Moi. des Rut)\ fjist' i e l'Emp. de Rus.fout Pierre le Grand par M. de Vo,-taire. Etat de h grande Ruffie , p ar j ian p em -.