Skct. IV.fíist. deRuffie.1598-1689.
SoumiJJìondes Stte’itZ{f ìmr dij-ptrsion.
1683 .
Révolution ;So' hie -eftTin faméedans uncouvent.Iwan n’aplus p trimx affai-res .
1689 -CaruSlerePierre I>
174 - H I S T O ï îl E DE L’ÈMPIRË
armes: au moment, où Sophie s’attendoità soutenir un siégé contre eux &peut-être à devenir leur victime, elle volt plus de trois mille sept cents deces misérables, s’avancer d’usi pas lent, la pâleur fur le front, la corde aucou, portant deux à deux un billot & une hache: leurs femmes, leurs en-fans, les suivoient, les cheveux épars, en pouffant des cris douloureux :tous tendoient leurs bras vers leurs maîtres, & demandòìent leur grâce,prêts à périr, fans résistance, si la Régente étoit inflexible. Le calme futf établi. On dispersa les Strélitz en Sibérie, dans l’Ukraine, & dans d’autrescontrées éloignées. La í'agellè de Sophie,fa fermeté, ses talens en imposè-rent tellement à ses voisins, que la Pologne renonça folemnellement à feáantiques prétentions fur l’Ukraine & le Duché de Smòlensko. C’étoit ellequi envoya une amballade eu France, où la Russie étoit moins connue, queles Indes orientalès & f/Unerique : mission qui parut si étonnante, qu’on fhip-pa sine médaille pour en conserver la mémoire.
Cependant cette Princesse, qui saisoit trembler la Pologne, contenoit laSuede, & fe voyoit respectée dans le Divan, payoit chaque année un tributaux Tartares de Crimée, pour racheter ses Etats de leurs ravages : le PrinceGallitzin partit à la tête d’une armée pour venger la Ruffie, & mettre cesbarbares hors d’état de rien exiger, ou par les traités, ou par les armes: ar-rêté au milieu des déserts, par l’embarras nécessaire de fes convois, par lesdifficultés du voyage, au lieu .d’aller détruire des hommes, il fonda une villefur la Samatre: cette place devoir servir d’entrepôt pour les années: trentemille hommes y travaillèrent ; elle fut Fouvrage de trois mois. Le Ministrerevint après avoir consommé cette entreprise, aussi glorieuse & plus utilequ’une victoire. Pierre touchoit à fa dix-feptieme année ; & les talens dugrand homme fe développoient ; il favori soit déja les étrangers, paire qu’ilsentoit leur supériorité ; déja il étoit le disciple, l'admirateur, le compagnondes artistes; déjà il interrogeoit les voyageurs, fur leurs loix, leur gouverne-ment & les sciences cultivées dans leur patrie. Cette ardeur de s’instruiredonnoit de l’ombrage à la Régente: on prétend qu’elle & son Ministre réso-lurent de le faire périr ; il est certain du moins que le- Strélitz dévoient fesaisir de sa personne. Le Czar retourna dans son premier asyle, le couventde la Trinité: il y rassembla quelque milice; les étrangers qu’il aimoit, allè-rent lui offrir leur sang & leurs bras; quelques Strélitz embrassèrent fa dé-fense ; la révolution devint générale; la faction de Sophie fut étouffée; le
Chef des Strélitz périt au milieu des supplices: le Ministre fut exilé & dé-
pouillé de fes biens; on renferma Sophie dans un monastère; Iwan ne son-gea plus qu’à conserver fa languissante vie, & n’eut d’autres ministres que desmédecins; son seul travail politique fut de signer des ordonnances qu’il nefifoit pas. Enfin Pierre régna seul.
Pierre Alexiowitz Romanov avoit une taille avantageuse, une force ex-traordinaire, une santé à l’épreuve des intempéries de l’air & des excès de ladébauche, qualités toujours recherchées dans un Roi par les peuples barba-res! il avoir l’efprit vif, le jugement sain, la conception prompte, & uneavidité de connoiísànces, qui ne fut jamais rassasiée: il mefuroit son estimeaux talens, au fçavoir de ceux qui cherchoient à lui plaire. L’homtne le
plus industrieux étoit à fes yeux le plus noble; il saisoit plus de cas d’un