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42 (1780) La continuation de l'histoire du royaume de Pologne, l'histoire du royaume de Prusse, celle de l'empire de Russie et les cinq premières sections de l'histoire du royaume de Suède
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DE RUSSIE, Liv. XXX. Sec f. V. 277

tentées, avoient éprouvé des obstacles : & les difficultés étant presque tou- fUji.jours proportionnées à la grandeur des entreprises, Pierre s’attendoit à être RuíEe,plus traverse dans les tiennes, que son perc & son frere ne l’avoient été: i] sous Pierrefalloit lutter contre la politique des prêtres, l’indocilité des strélitz, les in- le ^ ranc1 'térêts des grands, les préjugés des vieillards, & l’ignorance de toute la na-tion. Pierre crut qu’il falloit commencer par réformer les Strélitz: de tousles coups qu’il vouloit porter, c’étoit le plus dangereux pour lui-même: mais sicelui-là réuíïiíïòit,on pouvoit compter fur le succès des autres. Le Fort fut leconfident de ce grand dessein. Le Czar, dont l’efprit patient & opiniâtre cher-choit les chemins les plus longs & les plus furs, sonna d’abord dan.% sa maisonde campagne Préobrazinski, une compagnie de cinquante de ses plus jeunes pierre fur-domestiques , qui devoit être commandée par les fils de quelques Boyards. Pour me deuxleur apprendre qu’avant de commander, il faut fçavoir obéir, il voulut lui- com P a ~même pafíèr par tous les grades, fut d’abord tambour, & exécuta tous lesordres avec la servile promptitude du plus docile soldat Prussien : quel gentil- dmx régi .homme auroit rougi des fonctions, que son maître avoit remplies? Ce grand ments.exemple ôtoit tout prétexte à la licence de tant d’officiers, qui comptoientles dégrés de noblesse d’un Général, ou de celui qui commande, pourfçavoir s’ils dévoient exécuter ou rejettes ses ordres. Cette compagnie devintpeu à peu un régiment, redoutable par fa discipline & par ses évolutions; uneautre compagnie formée fous le nom de Semenowsky, se grossit de même &devint aussi un régiment. Le Fort leva un autre régiment de douze millehommes, qu’il exerça d’après les meilleurs principes. Les Strélitz couraientà ces spectacles, regardoient ces évolutions avec un étonnement stupide,.&fourioient avec mépris à la soumission aveugle de tant de soldats, qui sc lais-soient conduire & châtier par un seul homme ; ils ignoraient que cette servi-tude des nouvelles recrues faisoit leur force, & que leur propre indépendancefaifoit leur foiblesse. Un tiers de ce régiment étoit compose de François,que la révocation de l’édit de Nantes avoit chassés de leur patrie : la plupartavoient- porté les armes sous les héros, qui illustrèrent le siecle de Louis XIV :ils allerent offrir à Pierre les restes d’un sang, qu’ils avoient prodigué pourlé maître qui, en récompense, les avoit persécutés ou bannis. Le Général LeFort fut aussi Amiral : il ignorait la navigation ; mais, comme nous lavonsdit, il étoit capable de tout apprendre: il appella des Vénitiens, des Hollan-dois, qui construisirent à rembouchure de la Veronife ou Woronetz, deuxvaisseaux de guerre, & des barques longues: cette flotille menaçoit les Far-tâtes de Crimée, peuple toujours armé, toujours brigand, qui ne fçavoitobserver ni les loix de la guerre, ni les conditions de la paix.

Pierre sentoit qu’il ne falloit pas songer encore à combattre ses voisins ,mais feulement à les contenir ; il y avoit eu quelques démêlés entre les Rus-ses & les Chinois pour les limites : il étoit étonnant que deux Empereursqui possédoient de si vastes Etats, se disputassent quelques pieds de terrein. Traité dePierre & Cam-Hi étoìent trop raisonnables, pour ne pas sentir l’inutilité deces débats: on en vint à un traité. Deux Jésuites figurèrent encore danscette négociation ; le traité fut gravé fur deux marbres, qui servirent de bor-nes aux deux Empires: la paix fut jurée de part & d’autre en ces termes:fi quelqu'un a jamais la pensée fecrette de rallumer le feu de la guerre j

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