Si' C T. V.flist. deRussie,sous Pierrele Grand.
Derbjl &Narva as-f tes s à lafois.
Fortune ra-pide deMentzicojs:obscurité deson origine.
294 II I S T O I Pv E DE L’ E M P I R E
les attaques: les habitans de Derbst attendoient un secours que £!chlippem-,bach devoir leur amener. Pierre se sert de leur espérance, pour les perdre:il habille un corps de troupes k la Suédoise; ce corps feint d’atcaquer les as-lîégeans; les Derbílois sortent aulfitôt, pour mettre les Ruíìes entre deuxfeux: tout à coup ces prétendus Suédois s’uniíïènt aux Rafles, enveloppentles Derbílois & les taillent en pieces. Schlippenbach arrive après cette dé-faite , ib est battu à son tour; mais les Russes, qui marchaient au secoursd'Auguste, surent vaincus: ce Prince tomba du trône, & Charles y plaçaStanislas Lcszinski. (1) Pierre n'abandonne point son ami; il le consolepar les lettres , 1 assiste de son or , lui rend l’espoir de rentrer dans sesétats, taille en pieces des partis Suédois, revient à Narva, emporte troisbastions l’épée à la main , & entre dans la ville : elle fut saccagée; leCzar lit de vains efforts, pour retenir ses soldats acharnés au meurtre & aupillage; il en tua plusieurs de fa main: en entrant dans Dhôtel de ville ilmit Ton épée fur la table ; ce n'est point de votre sang , qu'elle est tein-te , dit-il, mais de celui de mes soldats, que, f ai versé pour vous sauverla vie.
Pierre se trouva ainsi maître de Plngrie : il en donna le commandementh Mentzicoss. II est temps de dire quelle étoit Porigine de ce favori, si cé-lébré par son élévation & par sa chute : son véritable nom étoit Alexandre ;on ne sçait cn quelle année il étoit né ; il l’ignoroit lui-même : le commundes Ruíïès vivoit & mouroit, fans íçavoir son âge ; les grands seuls cônser-voient des registres de mort & de naissance, & cette précaution, si simple &st juste étoit regardée par le peuple, comme un excès d’orgueil: on sent-combien de contestations, de procès, dévoient naître de cette ignorance.Pierre obligea les curés à inscrite sur des regîtres la date de la naissance &de la mort de chacun de ses sujets : il auroit dû pousser plus loin encore cet-te innovation,faire inscrire le genre de maladie dont chaque Rusiè étoit mort,la maniéré dont il avoir été traité, les accidens qui étoient survenus, & imi-ter à cet égard l’Angleterre, qu’il imitoit dans tout le reste. Suivant l’opi-nion la plus commune, cet homme, qui devint Général, Ministre, &Prince, qui gouverna la Iluslie avec un empire absolu, qui fit trembler lepeuple, & même Pierre II, étoit le fils d’un pâtissier, & alloit, dans sonenfance, vendre par les rues les petits pâtés, que faisoit son pere : il avoirune figure agréable , des reparties vives, une naïveté enjouée. II entroitsouvent dans le palais Cre'melin, & jouoit avec les gardes: un jour le jeu de-vint sérieux ; Alexandre maltraité par un soldat fit des cris li perçans, qu’ilsparvinrent jusqu au jeune Czar Pierre : il en fut ému ; on arracha ce petitmalheureux des mains du soldat : il parut devant Pierre & ne sut point dé-concerté. Sa figure, ses saillies, ses flatteries délicates, tout plut en lui :d un garçon pâtissier Pierre ílt un page; & ce page entra au Conseil, donnason avis plus d’une fois, & cet avis d’un enfant fut plus d’une fois jugé lemeilleur: bientôt il eut des protégés, il fe fit des créatures. Pierre ne lui re-fufoitrien: souvent même les Ministres, pour faire adopter leurs projets,étoient obligés de les faire présenter par le jeune favori: il fut comblé de
CO Voyez ci-devant p. 84.