DE Ií U S S I E, L iv. XXX. Sec't. VI. 345
que tous les ordres de l’Etat furent assemblés, le Comte Mattweef s’avançavers rimpératrice & lui dit „ qu’ií étoit député de toute la Noblesse de„ l’Empire pour déclarer à fa Majesté, qu’elle avoit été surprise par les dé-„ putés du Haut-Confeil, que la Russie , ayant été gouvernée depuis tant de■„ siécles par des Souverains, & non par un Conseil, toute la Noblesse la„ fupplioit de vouloir prendre les rênes du gouvernement, & que ce vœu„ étoit celui de toute la Nation. ” E'Impératrice joua l’étonnement: „ quoi ! "dit-elle, „ ce n’est pas la volonté de la Nation que j'ai signée à Mittaw? Non ”!s’écria la Noblesse. Anne lança alors sor le Prince Dolgorouki un regardterrible, en lui disant : tu nias trompée ! Elle fit lire ensuite fa Capitulation,& s’arrêtant à chaque article, elle demanda, si c’étoit la volonté de l’Etat?On répondit Non , autant de fois. „ Ces écrits ne font donc pas néceííàires, ”dit-elle en les déchirant: „ l’Empire ne veut qu’un Souverain; je tiens ma„ couronne de ma naislànce, & non de sélection du Conseil ; assise sor le„ trône de mes ancêtres, je régnerai avec le même pouvoir absolu, donc ils„ jouissoient : mais, ” ajouta-t-elle d’un ton plus doux, „ je sois loin d’en„ abuser; je serai la mere de mes peuples, plutôt que leur souveraine; les„ conseils des sages feront mes guides ; la justice & la clémence feront tou-„ jours assises près de moi, & je n’employerai la force & la rigueur, que„ lorsque j’y ferai contrainte par la nécessité de maintenir le bon ordre. ” Aces mots le palais rétsntit de cris de joie ; ils furent bientôt répétés par toutela capitale ; le peuple, ainsi que la grande & la petite noblesse, applaudirent kla disgrâce du Haut-Conscil ; deforte que ce grand ouvrage préparé par les hommesles plus puiílàns & les plus absolus de la Russie, fut, en un instant, renversépar une femme, qui avoit l’efprit de 11e pas paroître y porter le premiercoup. La Russie, qui s’étoit vue furie point d’être érigée en République,retomba fous le joug du despotisme, & baisa les mains qui lui a voient ren-du lès fers. Peu s’en fallut qu’une aurore boréale ne causât une nouvellerévolution: quoique ce phénomène soit fréquent dans ces climats, le peuplene le volt jamais fans inquiétude, & loin de remercier la Nature d’un pré-sent qui le dédommage de la longueur des nuits , il préférerai c souvent lesplus épaisses ténèbres à cette lumière bienfaisante : ce météore lui parut leprésage d’un régné affreux ; mais les gardes répandues dans Mofcow prévin-rent les effets de íh superstition. La révolution 8 affermit: les Dolgoroukitremblèrent pour leur tête; les autres Conseillers furent consternés; le seulMichel Gallitzin conserva une sérénité, qui peut faire croire, qu’en effet lebien public avoit été l’objet de ses efforts. „ Eh bien J dit-il, le repas étoit„ apprêté ; mais les convives n’en étoient pas dignes. Jé fçais que j'en ferai„ la victime : soit ! c'est pour la patrie que je souffrirai. Je touche à la sin„ de ma carrière: ceux qui me feront pleurer, en pleureront plus longtemps„ que moi.” Les partisans du Haut-Confeil, firent à fes membres des reprochesinutiles, & leur donnèrent des conseils tardifs; il falloir, diíòient-ils, inté-resser le clergé si puissant chez les nations ignorantes, admettre les régimensde campagne à la garde de la cour, immoler Jagousinski fur un échaffaud,A renvoyer Biron.
Jagousinski recouvra fa liberté & le Comte Osterman fa santé: celui-cis’étoit absenté du Haut-Confeil, tant que le succès de la révolution lui parutTome XL 1 I. Xx
Hist. deRuflïe,1725.
jusqu’à nosjours.
Allarmissuperstitieu-ses des Rus-ses.
Adresse daComte Os «t et man.