Buch 
44 (1788) La continuation et la fin de l'histoire de Hollande ou des Provinces-Unies, et le commencement de celle d'Angleterre ou de la Grande-Bretagne
Seite
84
JPEG-Download
 

Sect. VIII.tìist . deHollande.1574 1584.

84 HISTOIRE DE HOLLANDE

lefdits Seigneurs Ambassadeurs, en confisquant tout leur bien. Et nonob-stant que les troubles susdits, suscités en Fan 1566, par la susdite Régente& ses adhérens, eussent été presque assoupis, & que la plupart de ceuxqui parloient pour le maintien de la liberté du Païs, se sussent retirés, oueussent été chassés, & les autres opprimés & subjugués, de forte que leRoi n’avoit plus aucun sujet d’opprimer ledit Pays par force ni par armes ;toutefois pour ne négliger pas l’occasion, que ceux du Conseil d’Espagnea voient si longtemps cherchée & attendue, pour avoir quelque prétexte,afin de pouvoir abolir tous les privilèges du Pays, & le faire gouverner parles Espagnols selon leur volonté, comme ils faisoient les Indes & les autrespays par eux nouvellement conquis (comme il parut manifestement par leslettres qui furent interceptées & surprises, écrites en la même année à laDuchesse de Parme par d’Alana , alors Ambassadeur d’Espagne en Fran-ce) il a envoyé en ce Pays, à l’insligation & conseil desdits Espagnols, leDuc d’Albe, fort renommé pour fa sévérité & cruauté, & l’un des plusgrands ennemis du Pays, accompagné d’un Conseil, composé de person-nes de même naturel & humeur que lui, avec une forte armée, pour lessubjuguer. En quoi il a fait voir le peu d’affection qu’il avoit pour ils bonssujets de ces Pays, contre ce qu’il étoit obligé de faire , comme leur Prince,protecteur & bon pasteur. Et combien que ledit Duc d’Albe soit entré ences Pays avec son armée, fans aucune opposition ni empêchement, & qu’ilait été reçu des pauvres habirans, avec tout le rêfpect & honneur imagi-nable, qui n’attendoient de lui que toute bonté & clémence, suivant ceque le Roi leur avoir tant de fois promis par ses lettres feintes & dissimu-lées: même jusques à leur écrire, qu’il avoit résolu de se transporter enpersonne en ce Pays, pour mettre ordre à tout, au contentement d’un cha-cun; ayant aussi, au tems du départ dudit Duc d’Albe vers ces Pays, faitarmer une flotte en Espagne pour l’amener ici, & une autre en Zélande,sux dépens du Pays, pour Palier rencontrer & recevoir, selon le bruitqu’il en faisoit courir; à deílèin d’amuser & abuser ses pauvres sujets, &les attirer d’autant plus facilement dans ses filets. Néanmoins le mêmeDuc d’Albe, incontinent après son arrivée, bien qu’il fût étranger, & nonpas du sang Royal, déclara que le Roi lui avoit donné la commission deCapitaine en Chef, & peu après de Gouverneur Général de ces Provinces:chose du tout contraire à leurs privilèges & anciennes coutumes. Et failantaíîèzconnoître son intention, mit d’abord garnison dans les principales villes& forterefles, & fit bâtir des citadelles dans les plus puiíïïmtes & plusriches villes, pour les tenir en sojettion. Et par l’ordre du Roi (à ce qu’ildisoit) fit venir à lui , avec de belles paroles, tant par lettres qu’autre-ment, les principaux Seigneurs du Pays , sous prétexte d’avoir besoin deleur conseil & de leurs personnes, pour le bien du service du Roi & del’Etat : Après, quoi il fit arrêter prisonniers ceux, qui, ayaut ajouté foià ses lettres, s’étoienc venu présenter : lesquels il sic, contre les privilègesdu Pays, emmener hors la Province de Brabant, où ils a voient été arrêtés,faisant par devant lui (encore qu il ne fût pas leur Juge compétent) in-flruire leur procès, & les condamner à mort devant qu’il fût instruit, &que lefdits Seigneurs accusés eussent été légitimément ouïs en leurs défenses,les faisant publiquement & ignominieusement exécuter ; les autres, qui»