OU DES PROVINCES UNIES, Liv. XXXIII. Sect. VIII. 8 j
jets. Mais nonobstant diverses remontrances faites an Roi d’Efpagne,tant par les Provinces & villes particulières, que par quelques prin-cipaux Seigneurs du Pays , particulièrement par le Baron de Montigny& par le Comte d’Egmont, qui du consentement de la Duchesse deParme, alors Regente des mêmes Pays, de l’avis du'Conseil d'Etat, & dela Généralité, surent à ces fins successivement envoyés en Espagne: Et non-obstant aussi que le Roi leur avoit fait espérer de bouche , que suivantleur requête, il y pourvoiroit au contentement du pays ; si est-ce pour-tant, que par lettres il a fait peu de temps après tout le contraire : com-mandant bien expreísement, & fous peine d’encourir son indignation, de
recevoir incontinent ces nouveaux Evêques , & de les mettre en poíïèf-
sion de leurs Evêchés & Abbaîes incorporées , d’établir l'Inquisition auxlieux où l'on avoit auparavant commencé à la pratiquer , & d’obéir &
d’exécuter les décréts & ordonnances du Concile de Trente, qui en plu-sieurs points étoient contraires aux Privilèges du Pays. Ce qui étantvenu à la connoistànce du peuple , a donné juste occasion d’ûne altérationentr’eux , & a bien fort diminué la bonne affection , laquelle (commebons sujets) ils avoient de tout temps eue pour le Roi & pour sesprédécesseurs. Car ils mettoient principalement en considération , que leRoi ne prétendoit pas seulement de tyranniser leurs personnes & biens,mais aussi leurs consciences, defquelles ils n’entendoient être responsables,oti tenus de rendre compte, qu’à Dieu seul. A cette occasion , les prin-cipaux de la Noblesse du Pais, pour la pitié qu’ils avoient du pauvre peu-ple, présentèrent en lan 1566 certaine remontrance, en forme de requê-te, supplians que, pour ap passe r le peuple, & pour éviter toutes émo-tions & séditions, il plût à Sa Majesté, pour démontrer l'arnour & Tasse c-tion, que comme Prince bon & débonnaire il portoit à ses sujets, de modé-rer lesdits points, & particulièrement ceux qui concernoient la rigoureuserecherche & le supplice pour le sait de la religion. Et pour remontrer lemême plus particulièrement au Roi, & avec plus d’efficace, & lui fairecomprendre combien il étoit nécesiàire, pour le bien & pour la prospéritédu Païs, & pour le maintenir en repos & tranquilité, d’abolir les susditesnouveautés, & modérer la rigueur des placats publiés fur le fait de la reli-gion, le Marquis de Berghes & ledit Baron de Montigny, à la réquisitionde ladite Dame Régente, du Conseil d’Etat & des Etats Généraux detous les Païs, se font acheminés vers l’Espagne, en qualité d’Ambaslàdeurs:là où le Roi, au lieu de leur donner audience, & de pourvoir aux incon-véniens, qui avoient été auparavant représentes, & qui (parce que l'on n’yavoit pas remédié de bonne heure, comme la nécessité le requérait) com-mençoient déja en effet à sc découvrir par tout le Païs parmi le peuple: parla persuasion dudit Conseil d’Espagne, a fait déclarer rebelles & coupablesdu crime de Leze - Majesté tous ceux qui avoient fait ladite remontrance,avec confiscation de corps & de biens. Qui plus est (croyant s’être entiè-rement assuré desdits Païs, par le moyen des forcés du Duc d’Albe, &les avoir réduits fous fa puissance & tyrannie absolue) il a puis après,contre se droit des gens, de tout temps inviolablement observé, mêmeparmi ses Princes les plus cruels & tyranniques, fait emprisonner & mourir
La
m. de
Hollande.
1574-1584.