HISTOIRE GENERALE DES TURCS. Liv. II. Cita?. IV. i$5
Un jour qu’il se vantoit de sa naissance en présence de l’Ambassadeurdes Romains, le Sultan demanda à l'Ambassadeur s’i) savoir bien qu’il fûtfils de Manuel ? L’Ambassadeur répondit qu’il étoit certain que le fils deManuel avoir été noyé (*) , & que c étoit en vain que celui-ci supposoirune Histoire, qui ne trouveroit point de créance. Le faux Alexis se mitdans une fi grande colere , qu’il iui auroit fauté au visage , fi i’Ambafia-deur n’eût réprimé son emportement, en faisant paroître aussi qu’ii n’etoitpas souffrant, & si le Sultan ne i’eut repris un peu aigrement. Tout eequ’il put obtenir de ce Prince furent des Lettres, que les Turcs appellentMûsûr, par lesquelles il lui étoit permis de lever des soldats: elles lui ser-virent à attirer à son parti Almuras, Arfane, & quelques autres accoutu-més au brigandage, il rassembla en peu de tems jusqu a huit -mille hom-mes , & prit par composition ou par force plusieurs villes fur les bordsdu Méandre. »
On envoya contre lui divers Généraux, & enfin Alexis frere de i’Empe-reur; mais ils ne purent rien faire de considérable, parcequ’ils craignoientd’être trahis par leurs soldats, qui avoient plus d’inclination à favoriser ceprétendu Prince, qu’à servir l’Empereur. Ce n’étoit pas seulement le peu-ple qui s’étoit laissé surprendre, mais les principaux de la Cour prenoientplaisir à cette illusion. Mais pendant que cet imposteur se rendoit de jouren jour plus puissant, & qu’il paroissoit bien avancé dans l'exécution deses ambitieux projets , il lut en un moment enlevé par un moyen impré-vu. Etant revenu d’Armale au Fort de Pisse, & ayant plus bu qu’à l’or*dinaire, il y fut tué avec fa propre épée par un Prêtre. Quand on portafa t été au Sébastocrator ( Alexis'), il remua fa chevelure avec son fouet, &dit que ce n’étoit pas fans sujet que tant de gens avoient embrassé son parti ( a ).
Kilij Jrflan mourut dans fa Capitale , suivant Abulfurage , l’an 588 de1 Hégire, 1192 de J. C. Ce qui lui donne , selon notre calcul , quaranteans de régné, depuis la mort de Majfûil son pere, quoique lihmdemìr nele fasse regner que dix ans. L’Auteur du Nighiarijlan lui en donne le dou-ble, mais l’un & l’autre font très-éloignés de la vérité. Ce que l’on a ditci-dessus de son âge, prouve qu’il devoir avoir soixante-seize ans quandil mourut.
Ce Prince étoit petit-fils du Sultan du même nom , K il se distinguaNon seulement par les guerres qu’il fit aux Grecs ses voisins, mais aussi parfa sagesse, sa justice, & par son habileté à gouverner ses peuples. 11 laissaGayathu’ddin Kay Kbofrou , son fils, pour son successeur [b).
En conséquence de ce nouvel arrangement, Koniyah, qui depuis la pertede Nicée étoit le Siégé Royal des Sultans, tomba en partage à Kay Khos-r °u , comme elle étoit échue d’abord à Kothbo'ddin ; & c’est certainementce second ordre de succession établi par Kilij Arjlan, qui donna lieu au par-tage dont il- est parlé au commencement du régné suivant.
SEC-
OO Nket. Hist. d’Is. L’Ange, L. III. Ch. i. ( b ) Ahulsarâg. p. 2'6.
. ,(*) l 1 . fut premierement étranglé par ordre du Tyran AndrsrJque , qui par ses artificess étoit fait associer à i'Lmzà.
SectioH
VI.
Le régnéde KilijArílan II.V. Sultande Roum.
Tué parun Prêtre.
Mort duSultan.
Son es.Tacite.
Bb 2