244 HISTOIRE DES MOGOLS ET DES TARTARES
Section Peking. Cette extraordinaire élévation fait que la grande Tartarie paroítiii. très-froide en comparaison des autres Pays qui font à la même Latitude.
Les Pays q £s per f onnes dignes de foi, qui avoient-voyagé dans le Pays, assurèrentShs l’Auteur , qu’au milieu même de l’Jfité le vent de Nord -Est y est si per-
çant , qu’on est obligé de se couvrir soigneusement la nuit, & que dansle mois a’Août il gele souvent pendant un seule nuit assez fort pour don-ner de la glace de l’épaisseur d’un écu, & quelquefois de deux. Et mêmedans quelque endroit du Pays des Mongols que l’on creuse -en Eté à qua-tre ou cinq pieds de profondeur, on trouve des mottes de terre tout à-faitgelées, & même des tas de glaçons ; ce que le P. Verbiest attribue au sal-pêtre dont la terre est remplie. ,
Grand'’ * C’est encore à la hauteur des terres qu’il faut attribuer ce grand nombrefertilité, de Déserts qui se trouvent dans la grande Tartarie, mais ils ne font pour-tant pas aussi affreux que les Européens se simaginent. Si l’on exceptecelui de líobi & un petit nombre d’autres, qui font fort sablonneux, tousles autres ont d’excellens pâturages; l’herbe y est abondante, & s’éleveiufqu’à la ceinture; & si le Pays ne manquoit d’eau elle croîtroic jusqu’àla hauteur d’un homme, mais la sécheresse nuit bientôt à ses racines &lafait périr. Et comme l’herbe feche étouffe celle qui renaît, les habitansy mettent le feu au Printems, & la flamme embrase quelquefois centlieues. La nouvelle herbe croît ensuite avec tant de force, qu’en moinsde quinze jours elle s’éleve à la hauteur d’un demi pied, ce qui fait assezconnoître la fertilité du terroir. Aussi les parties du Pays qui ont as-sez d’eau fuffiroient pour la subsistance d’un nombre d’habitans quatrefois plus grand, si elles étoient bien cultivées. Mais il n’y a que les Tar-tares Mahométans qui cultivent leurs terres (*) ; les Eluths & la plupartdes Mongols n’ ont pas l'usage de l’Agriculture, & ne subsistent que deleurs troupeaux (f); c’est ce qui fait qu’ils ne peuvent avoir d’habita-tions fixes, étant obligés de changer de camp à chaque saison. Cepen-dant , malgré sa fertilité, la grande Tartarie n’a pas un seui Bois de hautefutaye, ni presque aucune autre espece d’arbres, excepté en quelques en-droits vers les frontières. Tout le bois qu’on trouve dans l’intérieur duPays consiste en quelques buissons, qui n’ontqu’une pique de hauteur, & quifont même très-rares (a).
Résidence- Le Khan des Eluths habite toujours fous des tentes, quoiqu’il possède«k - Khan. la petite Bukharie & ses dépendances , où il y a quantité de villes; ce-pendant, lorsque ses affaires rappellent dans ce Pays, il choisit pour fa ré-sidence
(«) Hifî. des Pbyag. T. IX. p. iS.
L es Missionnaires assurent que les terres de la Tartarie , depuis le Pays des Matvchéous ou Tartarie Orientale, à l’Oueíì jusqu’à la Mer Caspienne, ne sont pas , à parleren général, de nature à être cultivées, & celles d sKorcbtn, O.han & Nayman, font lesmoins bonnes. Du Halde T. IV. p. 22.
(t) On ne trouve point de Plantes dans leur Pays ; quand les Missionnaires leur de-ïiiandoient, pourquoi ils ne cultivoient pas au moins quelques pçtits jardins, ils repon-doient que les herbes font pour les animaux , & l» cbair des animaux pour les hommes . ùuHalde , ubi sup. x. ZS-