HISTOIRE DE L’EMPIRE DES MOGOLS. Liv. IV. Chap. III. 333
porterent enfin après un mois de combats le château le sabre à la main, & a.D. J C.paílerent toute la garnison au fil de l’épée. Les lieux étroits tinrent plus 1220.iongtems, parcequ’ils étoient fortifiés & d’un abord difficile ; & les rui- M ke ss. enés des maisons qu'on avoit abattues, servoient aux soldats Ivarazmiens à ^
combattre à couvert; cependant, comme les affiégeans faisoient sans cesse ' —.avancer des troupes fraîches, ils trouvèrent avec le tems la fin de leurs en-nemis («).
Gayer Khan , voyant que tout étoit perdu, se retira avec deux hommes Mort dufur une terrasse de son Palais, & s’y défendit en désespéré: comme Jeng- Gouver-hiz Khan avoit défendu qu’on le tuât, l’exécution de cet ordre contavie à bien des Mongols:à la fin ses deux hommes furent tués, & quoiqu’ilwanquât de fléchés pour tirer fur ceux qui vouloient monter au lieu où ilétoit, il se défendit encore longtems avec de grosses pierres, que fa fem-me lui apportoit; mais ayant été enfin environné il fut fait prisonnier, &mené aux Princes, qui le firent charger de chaînes. S’étant mis en mar-che vers Bokhara , ils le firent mourir dans un endroit nommé Kuk Sa-ray (*), conformément aux ordres qu’ils en avoient reçus de leur pere.
Le cfiâteau d’Otrar fut rasé, mais on rétablit les murailles de la ville. Onpermit ensuite aux vieillards , aux femmes & aux enfans , qui en avoientété chassés par Gayer Khan,á’y revenir; & l’on défendit fous de rigoureu-ses peines à la garnison qu’on y laissa, d’inquiéter en aucune maniéré leshabitans.
Comme Jcnghtz Khan comprit qu’il falloit réduire plusieurs autres villes Maffacresituées fur le Sir, avant qu’il pût entreprendre la conquête de la Grande" Saga-Bukharie, il envoya ordre après la prise d’Otrar à jsuji ou Tushi de com- nak *meneer par assiéger Saganak (f). Dès que ce Prince fut arrivé devant laville, il envoya un Mahométan, nommé Haji Hassan, pour sommer leshabitans de se rendre, avec l’assurance qu’ils seroient bien traités; maisquoique le Gouverneur eût donné parole à cet Officier qu’il seroit bien re-çu , il fut mis en pieces par la populace dans un tumulte excité par lesprincipaux Officiers. A la nouvelle de cet assassinat, Juji fit jurer sessoldats de s’en venger, & qu’ils ne cesseroient point d'attaquer la villequ’elle ne fût en leur puissance. Tous les Officiers & les soldats avec plusde la moitié des habitans (j) payerent de leur sang le meurtre de Has-san: la ville auroit été rasée & le reste des habitans passé au fil de l’épée,fi l’on n’en avoit pas eu besoin pour la suite de la guerre. Mais pour ho-norer la mémoire de son infortuné Officier, & pour faire souvenir les ha-bitans de leur inhumanité, il lui, fit élever un superbe Mausolée dans lelieu de la ville le plus éminent. Les
(a) MirVbond, Abu'lhiy , Fadlallab ap. I) e LaCroix, p. 205-215.
(*) De La Croix le nomme Gheuk Serai , & dit que c’étoit le Palais de Samarcande.
(f) Sagnoh ou Signait , ainsi qu’on lit dans l’Histoire d ' Abu'lgbazi Kban.
(st) Abulghazi Kban dit qu’il y eut plus de dix mille habitans d’égorgés. Ce furentfans-doute l’inhumanké & la perfidie de ces Peuples, qui porterent Jenghiz Khan à lestraiter avec tant de rigueur, après avoir montré d’abord.tant de clémence, jusqu’à épar-gner les habitans d’Otrar, où ses Marchands & ses Ambassadeurs avoient été assassinés.
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