D’A L L E M A G N E. Liv. XXV. Sect. XIV. 21
Cependant l’Empereur établissoit de nouveaux impôts dans ses pays hé-réditaires, & ces impôts étoient destinés, en partie, à l’entretien del’armée que le Duc de Wurtemberg commandoit fur le Rhin : ce Géné-ral, voulant mettre à contribution les deux Alfaces, forma le projet deforcer les lignes de Weissembourg, & employant la ruse, quand la forceeût été dangereuse, ou peut - être inutile, il laissa courir le bruit qu’il v e-noìt de recevoir un ordre de détacher une partie considérable de ses trou-pes, pour les envoyer en Flandres, où les conquêtes du Maréchal de Vil-lars se multiplioient ; de renforcer les garnisons de Landaw & de Philips-bourg & de repasser le Rhin avec le reste de son armée. Les différensmouvemens qu’il fit pendant plusieurs jours, confirmèrent le bruit quicommençoit à s’accréditer, mais le Maréchal d’Harcourt ne fut pas la dupede l’habileté de cette manœuvre, en pénétrant le secret de l’ennemi, ilprit toutes les précautions nécessaires pour le rendre inutile. Le Ducde Wurtemberg, bien certain d’avoir échappé à .la vigilance des Françoisqu’il croyoit surprendre, fit marcher son armée pendant la nuit, sur deuxcolonnes; le Maréchal d’Harcourt qui s’y attendoit, envoya à la décou-verte un Capitaine de grenadiers, avec un petit détachement: cet offi-cier, s’étant trop avancé, se trouva entre les deux colonnes ; aussitôt ilpartagea ía petite troupe en deux corps; le Lieutenant, qui en comman-doit un, marcha quelques pas & fit fa décharge fur une colonne, tandisque le Capitaine faisoit la sienne sur l’autre: ce petit détachement se jet-ta ensuite dans un chemin creux & se sauva. Les Allemands ne doutèrentpoint, leur mystère étant connu, que l’armée Françoise ne les eût pré-venus; les deux colonnes se rapprochèrent, & dans l’obscurité de la nuit,firent feu l’une sur l’autre, & par cette méprise elles avertirent de leurmarche le Maréchal d’Harcourt, qui les força de fe replier fur Weissem-bourg, qu’ils canonerent vainement: & enfin les Impériaux, forcés de dé-camper, repassèrent le Rhin, pour se retirer dans les lignes d’Etlingen.
.Nous avons observé que les obstacles à la conclusion de la paix, ve-noient de la Maison d’Autriche & des Etats - Généraux , qui, voyantLouis XIV toucher à F extrémité de fa longue carrière, efpéroient quel-que révolution, qu'ils se flattoient de mettre à profit. La Hollande re-fusoit des passe-ports aux Députés de l'Archevêque de Cologne & duDuc dé Bavière, sous prétexte que ces deux Princes avoient perdu laqualité d’Electeur, depuis que Joseph, par un acte d’autorité, qui avoitfait murmurer la plus grande partie de l’Allemagne, les avoit mis au bande l’Empire: le véritable motif des Hollandois, pour attirer le feu dela guerre, étoit, qu en courant le moins de risques ils étoient, parmiles Alliés, ceux qui en retiroient le plus d’avantages: Louis XIV, parreprésailles, refufoit de reconnoître Charles VI pour Empereur, parceque son élection n’avoit pas été régulière, en ce qu’on n’avoit appelle àì Di^te Electorale, ni l’Archevêque de Cologne, ni le Duc de Bavière,& qu’on y avoit admis les Ambassadeurs du Duc de Hanover, à qui l’oncontestoit encore son droit d’Electeur ; cette raison, spécieuse en appa-rence, n’étoit qu’un prétexte ; mais, dans les circonstances fâcheuses où
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