LITRE XIX, CHÀP. CXIV. 79
donnerait quelque poids à cette supposition.Toutefois, s’il parut possible d’arrêter Toussaint,comment put-on hésiter de se saisir d’une tren-taine d’autres chefs, lorsque le gouvernementavait ordonné cette mesure, et que ces individusavaient bien moins de crédit sur la populationnoire que Toussaint? Ces mêmes soldats, donton redoutait l’opposition, n’avaient-ils pas arrêtéet fusillé Moyse; balancèrent-ils, quand il fallutexécuter Charles Belair ? Ne pouvait-on pas char-ger du soin de cette arrestation Clervaux , Pé-thion, Boyer, et les autres chefs mulâtres, enleur promettant de l’avancement ou des com-mandemens de choix?
Cette faute ne fut pas la seule que commit ilLeclerc : loin de gagner les hommes de couleur,et de rendre à Rigaud une partie de son ancienneinfluence, il fit tout pour s’aliéner cette caste.Le capitaine-général avait reçu à cette époquela demande d’un chef pour la Guadeloupe , oùl’esprit de révolte donnait des inquiétudes ; il yenvoya Boudet, qui avait servi autrefois avec dis-tinction dans cette île.La mesure était sage en elle-même; mais on désigna malheureusement pourle remplacer dans la partie du Sud, Rochambeau,qui s’y était fait une multitude d’ennemis. Quandla méfiance s’empare des cœurs, elle y fait de ra-pides progrès , surtout chez les mulâtres. Ceuxdu Sud et de l’Ouest la témoignèrent sans détour ;
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