Dieu Au-teur del’Univers,tant à l’é-gard de lamatière,que de laforme.
2 HISTOIRE UNIVERSELLE.
II y a plusieurs autres difficultés dont l’exécution de notre dessein est ac-compagnée, particulièrement dans l’Hìílcire des anciens tems. De cenombre font, les Livres supposés; les fictions des Poètes, qui ont été lespremiers Historiens; ]es contradictions & la partialité dés Auteurs, lesdifférentes imputations de tems, en usage chez la même Nation , aulîibien que parmi les Nations différentes; le défaut d’Ere par où commencerle calcul, chez certains peuples; & ietrop grand nombre d’Eres, chezd’au-tres; ia variété des noms propres de la mêine personne, ou du même lieu,& la corruption de ces noms par ignorance, par négligence, ou par ma-lice. Ce qui augmente encore rembarras est que, si nous en exceptonsles Juifs , aucune des Histoires de ces Nations anciennes, que les G/wappel-loient Barbares, écrites par quelques Auteurs des Nations mêmes, ou ti-rées immédiatement de leurs Mémoires, ne nous est parvenue. 11 ne nousen reste que quelques petits fragmens conservés par ci par là dans d’autresEcrivains ; fragmens qui ne fervent qu’à nous faire regreter ,1a perte quenous avons faite, & qu’à démontrer la négligence des Historiens Grecs àl’égard des Nations étrangères.
Le but que nous nous proposons dans ces réflexions fur Tétât de THí-stoire ancienne, est d’obtenir de nos Lecteurs quelque indulgence à l’é-gard de T exécution d’un dessein, qu’on vient devoir être accompagnéde tant de difficultés. Mais avant que d'en venir à l’Histoire même»nous dirons quelque chose de la Cosmogonie , ou de la productionou formation de notre Terre, qui semble mériter notre premiè-re attention , comme étant Tendrait d’où le Genre-humain tire sonorigine, & le théâtre sur lequel les scènes de T Histoire suivante vontse passer.
L’Univers a été créé ou produit de rien, par un Dieu infínementbon, qui existant par lui-même est ia prémière cause de toutes choses.Cette vérité, n’est pas seulement attestée par la Révélation, mais aussiprouvée par les lumières de la Raison («). Car quoique les Athées»tant anciens que modernes , ayent constamment nié que même unPouvoir infini puisse créer la Matière, parce qu’ils ne conçoivent pointque d’nn Néant éternel puisse être venu quelque chose; & qu’il leur pa-roit contradictoire de supposer que îe Monde a été créé dans le Tems»ce qui ne le sépareroit de l’Eternité que par un point indivisible, qui nedistingue pas suffisamment un Etre éternel d ’avec une Production tem-porelle (b), il Hue avouer pourtant, que ce sont-là plutôt des difficultésqui naissent des bornes de notre intelligence, qu'une impossibilité dans lachose même:’ car il n’y a point de contradiction à affirmer qu’une chosequi n’étoit pas autrefois, est venue à exister ensuite ; la véritable notion deCréation n’étant pas la formation d’une chose de rien comme d’une cause ma-térielle, mais seulement Ja transition d’une chose du Néantàl’Etre, transition;
(a) Le Dr. Clarke dans fa Démonstration' CO M.Bayle dans les Nouvelles de laRepvde Ttíxistence & des Attributs de Dieu. des Lettres, T. IV. pag, 1301.