DE LA CREATION DU MONDE, Introduction. 3qui ne se feroit jamais faite fans la Cause puissante qui l’a produite ; ce qui n’estnon plus une contradiction, que le changement d’une chose dans une formequ elle n’avoit pas auparavant ( a ). Ceux qui refusent à Dieu le pouvoir decréer la Matière, doivent avoir recours àl’une de ces suppositions, ou quela matière existe de toute éternité, comme un sujet passif de toutes les opé-rations de Dieu, ou bien que la matière est le seul Etre existant par luimême; mais Tune & l’autre de ces suppositions conduit aux impiétés lesplus extravagantes. La première pose nécessairement deux Principes exis-tans par eux-mêmes, ce qui est une manifeste contradiction; & l’autre,qu’il est impossible de concevoir la matière comme n’étant pas, ou commeétànt à quelques égards autrement qu’elle n’est à présent, n’est certainementpas plus raisonnable. Car soit que nous considérions la forme du Monde,aussi-bien que la disposition & le mouvement de ses parties, soit que nousen considérions la matière, comme telle, fans égard à fa forme présente ;tout ce que nous y voyons, le tout L chacune de fes parties, leur situation& leur mouvement, la forme aussi bien que la matière, font les choseslçsplus arbitraires & les plus éloignées de ce qu’on nomme nécessité, dont onpuisse se former l’idée [b).
Pour ce qui regarde ceux qui nient l’existence actuelle de la Matière & du Les Argu.Mouvement (s’ily en a qui lésassent furieusement) il suffira de dire, qu’au mens dontfond il n’y a point de différence poumons, que ces choses existent actuel-Jement, ou quil ny en ait que les apparences; car li Dieu communique verlaNon-immédiatement toutes les perceptions à notre ame, (comme il doit néces- existencesairement faire, s’il n’y a rien de semblable à ce que nous appelions sub- de IaMa 'stances sensibles), il est pourtant fauteur de ces apparences, qui ont lesmêmes conséquences & les mêmes effets pour nous, que si les substances valeur,dont il s’agit étoient réelles : pour ne rien dire du soupçon que ce Systèmejette fur la Divinité, de n’avoir fait de ce monde qu’une vaste scène d’iilu-lion. On a tâché de prouver Impossibilité de l’Etendue par Jes difficultésqui naissent de la divisibilïté de la Matière à l’infini (c). Or s’il n’y apoint d’étendue, il s’ensuit clairement, qu’il ne sauroit y avoir de mou-vement. On allègue aussi plusieurs objections embarrassantes contre leVuide, qu’il faut néanmoins admettre si l’on veut concevoir le mouve-ment (d). Mais ces difficultés, ne prouvent autre chose sinon querentendement humain est borné & imparfait; & ne doivent pas êtreregardées comme des difficultés réelles (e), puisqu’elles ne son cfondées que fur ce que nous n’avons point d’idée distincte & complette def Espace (/).
Les différentes Opinions des Anciens & des Modernes fur l’origine de Diversesl’Univers, peuvent être rangées sous l’unedes trois Classes suivantes. o™™™
(a) Dr. Clarke Démonstrat. x>.8z. 84. Voyezauíu Dr, Nichols’s Conférence with a Theift,Vol. 1. Parc. i.p. 26.
(Z>) Dr. Clarke ubi k,P. p a g. 2Z. &c.
(c) Vid. Bayle DicUliít.Art.Zenon.Rem.G.
(d) Vid. ibid. Remarq. F. I.le) Vid ibid. Rem. I. & Locke fur (En-tendement Humain, L. II. c. 13.
(/) Vid,Clarke ubifup. pag. u, 12.
Opinionsfur (Ori-gine duMonde.