66 HISTOIRE UNIVERSELLE.
Les parties visibles de l’ouvrage du troisième jour furent deux en nom-bre; la prémière,l’assemblage des Eaux inférieures en Mers, &, ce quien étoit une conséquence, le dessèchement d’une partie de la Terre; & laseconde, la production des Végétaux hors des endroits qui venoient de sesecher. Pour bien entendre cette partie de l’Hypothèse, il faut considérerque l’Osbe de terre s’étoit formé fur la surface de f Abîme dès le commen-cement de la Création, & avoit déjà acquis beaucoup de solidité, avantque les particules terrestres plus légères & plus éloignées du centre fussentdescendues, ce qu’on peut supposer être arrivé vers la fin du premier jour.Par où,& parla différente densité & gravité spécifique des colomnes, lasurface de notre Globe devint inégale, & partagée en Montagnes, en Plai-nes , &en Vallées. Ceci posé, vers la fin du jour précédent, l’Air étantprodigieusement rempli de vapeurs, au commencement de ce troisièmejour, ces vapeurs durent nécessairement descendre sur la Terre en grandequantité, & devenir eaux terrestres de célestes qu’elles étoient: ces eauxetant descendues fur la Terre, dont la surface étoit solide & inégale,mi-rent quelque tems à couler des parties les plus élevées jusques dans lesendroits les plus bas, & y formèrent les Mers & les Lacs; fi bien qu’atimatin de ce troisième jour, la face entière de notre Globe, qui un peu au-paravant étoit couverte des eaux qui venoient de descendre, fut distinguéeen lieux secs & en lieux inondés. Cependant, cette partie de la Terre que nousdésignons par le titre de sèche t par opposition à l’autre partie inondée, nelaissòit pas d’êtreimbibée d’une humidité onctueuse, qui, animée par lachaleur du Soleil pendant neuf ou dix mois, la rendit extraordinairementpropre à faire germer les semences des Végétaux, & à faire croître lesArbres & les Plantes (sl).
Pendant le quatrième jour, les Corps Célestes, le Soleil, la Lune, &les Etoiles, furent placés dans le Firmament; c’est-à-dire,qu’ils furentrendus visibles pour la Terre, & commencèrent à s’acquiter à son égardde leurs différentes fonctions. Car quoique la lumière du Soleil pénétrâtsAtmosphère en quelque forte dès le premier jour, & eut beaucoup d’in-fluence fur notre Globe les jours suivans,il n’est néanmoins nullementap-parent que le corps de cet Astre ait été visible pendant ce tems; l’air n’é-tant, de notre tems même, pas toujours assez clair pour discerner le So-leil , quoiquau même instant que nous avons de la peine à l’appercevoir,nous sentions fa force & son influence dans les productions continuelles dela Nature. Mais le quatrième jour étant arrivé, & le Soleil ayant restéfous l’horifon pendant deux ou trois mois, ces vapeurs qui avoient été éle-vées le jour d’aupara vant, tombèrent, &, avant la venue du matin, laissèrentl’air dans une clarté & dans une pureté extraordinaires, ce qui fit que d’a-bordla Lune, & ensuite le Soleil, apparurent distinctement à la Terre.Ce quatrième jour fut donc le tems que ces Corps Célestes, qui jusques-làavoient été en quelque forte inconnus à un Spectateur qu’on auroit supposéfur la Terre , furent rendus visibles '. tout le Monde inanimé avec les
(r/) Whiston’s Theory B, IV. p. 320, &c.