DEPUIS LA CREATION JUSQTJ’AU DELUGE, Ciiap. I 165
creusant; que des Corps, disons-nous, furent tous enlevés pêle-mêle dansles eaux, & ne firent qu’une feule & même masse: qu’à la fin, ils allè-rent ensemble à fond, généralement, & autant qu’on peut l’atcendre dansune pareille confusion, conformément aux Loix de la Gravité , & formè-rent ainsi les couches de Pierres, de Marbre, de Charbon, &c. dont la Terreest composée. Dans ce désordre il est arrivé aussi que des Corps plus lé-gers ont été enveloppés dans d’autres plus pesons- qu’ils ont accompagnédans leur chute; & c’est par- là qu’on explique pourquoi des coquilles depétoncle &c. se trouvent dans des couches de Pierre ou de Marbre («).Mais cette étrange & hardie supposition, que l’Auteur a adoptée pour entirer l’explication de ces parties de différente gravité qui fe trouvent dansla Terre, (Phénomène dont on auroit peut-être pu rendre raffon d’une au-tre manière (/-),) s’accorde peu avec le récit que fait Moyfe du Déluge ,& ne s’embarasse guères de ces bondes des Cieux qui furent ouvertes : Tail-leurs elle est fi contraire à la loi universelle de l’Attraction & à la Gravité
Annie tfuMonde1307. A.vanr J. C.
2 m-
Sect. VI.Du Déluge.
spécifique des Corps, explique si peu de Phénomènes du Déluge, empor-te une-formation si nouvelle de la Terre sons la moindre preuve ot va sifort au-delà de ce qu’il peut naturellement inférer de ses observations, qu’iln’y a guères d’apparence qu’elle soit embrassée par quelqu’un qui la consi-dérera avec attention (c). Un cinquième sentiment est, que quoique lespluyes ayent pu fournir une grande quantité d’eau au Déluge, la principa-le cause néanmoins de ce Phénomène a été le changement du centre de laTerre, que Dieu a mis plus près du centre de notre Continent: par-là lesMers Atlantique & Pacifique ont du faire une espèce de pression sur Y Abîmesouterrain, & par cela même en faire monter seau en haut, qui est sortieensuite avec violence par les ouvertures que Dieu a faites, en rompantles fontaines du grand silîme. Ces eaux , qui s’étoient ainsi répandues furla Terre par les orifices des Fontaines, ne pouvoient plus (le centre de laTerre étant changé de la manière que nous venons de dire) retournervers la Mer, mais dévoient neceslàirement couvrir la Terre; Dieu ayantensuite rendu à la Terre son premier centre , elles dévoient retournervers l’endroit dont elles étoient venues. Cette Hypothèse rend raisond’une manière également belle & ailée de tous les Phénomènes du Délu-ge , à l’exception de l’Univerfalité de ce fléau, qui par-là est restreintà notre Continent. C’est pourquoi un Naturaliste très ingénieux, qui, àcela près, approuve l’explication, propose un sixième Système, qui con»liste à supposer que Dieu a pu en ce tems,par le moyen de quelque Agentnaturel , qui nous est à présent inconnu , tellement comprimer la sur-face de l’Qcéan, que les eaux de Y Abîme ont dû sortir par les ouverturesdont nous venons de parler , & contribuer ainsi au Déjuge- Ce quf con-firme cette réflexion , c’est que dans le cours ordinaire de la Nature, onremarque quelquefois de ces sortes de pressions fur la surface de la
(«) Woodward’s Nat. Hist. 0 f the Farcit.{b) Sup. p. 162. & ci-après Sect. 7.
(c) Whistou’s Thaory, p. 275. &c. Ray’sDilc. p. 165. &c.