ipS HISTOIRE ASIATIQUE, Livr. I
Sect. VIII. qu’entrepris au milieu de l’Eté.
Bu Mont La situation á’Jrarat , soit que ce soit le Mont Mafis , ou la MontagneArafat. ù
„ sur !e midi dans un endroit plus réjouïíïant, car il novs sembloit que nous allions prendrè3> la ileige avec les dents. Mais notre joie ; ne fut pas longue ; c’étoit une crête de rocher„ qui nous dérobait la vue d’tin terrain éloigné de la neige de plus de deux heures de chë-33 min, & ce terre!n nous parut d’un nouveau genre de pavé. Ce n’étoient pas de petits33 cailloux , mais de ces petits éclats de pierres que la gelée fait briser, & dont la vive-arêtë33 coupe comme celle de la pierre à fusil Nous assurâmes nos guides que nous ne passerions3, pas au - delà d’un tas de neige que nous leur montrâmes, & qui ne paroissoit guères plus,, grand qu’un gâteau; mais quand nous y fumes arrivés nous y en trouvâmes plus qu’ìl n’en>, falioit pour nous rafraîchir , car le tas avoir plus de 30 pas de diamètre. Chacun eii,, mangea tant & si-peu qu’il voulut, & d’un commun consentement il fut résolu qu’on n’iroít3, pas plus loin. Cette neige avoir plus de quatre piés d’épaìsseur ; & comme elle étoit tou-3, te cristallisée, nous en pilâmes un gros morceau dont nous remplîmes notre bouteille. On„ ne sautoir croire combien la neige fortifie quand on la mange. Nous deícendimes donc„ avec une vigueur admirable, qui ne fut pas de longue durée. Nous retombâmes dans dei33 fables qui couvroient le dos de l’Abîme, & qui étoient pour le moins aussi fâcheux que les„ premiers. Quand nous voulions glisser, nous nous y enterrions jusqu’à la moitié du corps,.,, outre que nous n’allíons pas le bon chemin, parce qu’il falioit tourner fur la gauche pour„ venir fur les bords de l’Abíme que nous souhaitions de voir de plus prés. On ne pouvoit„ s’empêcher de frémir quand oti le découvrait, & la tête touritoit pour peu qii’on à„ voulût examiner les horribles précipices. Les cris d’une infinité de corneilles qui volent,, incessamment de Pun à l’aiitre côté , ont quelque chose d’effrayant. On 11’a qu’à s’imagi-„ ner une des plus hautes Montagnes du Monde , qui n’ouvre son sein que pour faire voir„ le spectacle le plus affreux qu’on puisse le représenter. Tous ces précipices font taillés à,, plomb, & lés extrémités en font hérissées & noirâtres comme s’il en fortoit quelque fumée„ qui les salît. Sur les six heures après midi nous nous trouvâmes très épuisés. A la siu néan-moiiis noirs apperçumes un endroit couvert de pélouse , dont la pente paroissoit propre à.„ favoriser not/e descente, c’est-à-dire le chemin qu’avoit tenu Noé pour aller au bas de sa„ Montagne. Nous y courûmes avec empressement, on s’y reposa ; on y trouva même plus„ de Fiâmes qu’on n’àvoìt fait pendant toute la journée ; & ce qui nous fit plaisir , c’est qtìe„ nos guides nous firent voir dé-là , quoique de fort loin , le Monastère où nous devions,, aller nous désaltérer. Nous nous laissâmes glisser fur le dos pendant plus dune heure fur ce„ tapis vert ; nous avancions chemin fort agréablement, & nous allions plus vite de cette façon-„ là, que si nous avions voulu noiis feívir de nos jambes. La nuit & la soif nous íèrvirent„ comme d’èpefons pour nous faire hâter. On continua donc à gibier autant que le terrain-„ le permit; & quand nous rencontrions des cailloux qui meureniienent nos épaules , nous-,, glissions fur le ventre, ou nous marchions à reculons à quatre pattes. Feu à- peu nous nousrendîmes au Monastère , mais fl fatigués de ces allures , que nous ne pouvions remuer nibras hi jainbes. A nôtre grand regret, nous ne trouvâmes dans ce Monastère ni vin , ni” Eau. H fallut donc envoyer an ruisseau, qui étoit éloigné d’un quart de lieue, & où l’on.
" ne pouvois venir-que par un chemin hérissé.”
” * Cependant, si nous en croyons un Voyageur Hollandais (1), ces difficultés ne sont pasinsurmontables-; car il assstre avoir fait cinq journées de chemin , en montant vers le sommet.á'Jrarat., pour voir un Hermite Catholique-Romain. Je passai, dit-il, à travers trois régionsde nuées, la prémière obscure & épaisse, la seconde'froide & pleine de neige, & la dernièrephis froide encore: j’avançai éinq milles chaque jour, à étant parvenu à l’endroit où demey-roit l’Hermite, je respirai un air serein & tempéré. L’Hermite , continue- 1 .-il , me témoigna-Vavóir senti, ni vent, ni pluye, pendant vingt-cinq ans qu’il avoit passés dans cet endroit,-& assura.que fur. le sommet de, la Montagne fait étoit encore plus tranquille; tranquillité, qM
(r ), Sttuys’s Voyages , c,.