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1/2 (1770) L' histoire universelle jusqu'à Abraham, l'histoire d'Egypte, & l'histoire des anciens peuples de Canaan
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DEPUIS LA CREATION JUSQU’AÚ DELUGE, Chap. I. m

donc il est question , & cela pendant tout un jour , après quoi il fut Sect. Viïr.contraint par la neige, & par ie froid , à renoncer à son dessein, quoi*

„ sait plaisir de nous apprendre où logent les Anachorètes dont il parle: (i) caries gens duPays,, ne fe souviennent pas d'avoir ouï dire qu41 y ait jaínais eu dans cette Montagne, ni Moines,, Arminiens, ni Carmes ; tous les Monastères font dans la plaine. Je ne crois pas que là„ place fût tenable autre part , puisque tout le terrein de l ’Ararat est mouvant ou couvert,> de neige. 11 semble même que cette Montagne se consomme tous les jours. Du haut dat, grand abîme, qui est une ravine épouvantable, & qui répond au village [à'Akurlu] d’oût„ nous étions partis, se détachent à tout moment des rochers, qui font un bruit effroyable;

,, & ces rochers font des pierres noirâtres & fort dures. II n’y a d’Animaux vivans, qu’au„ bas de la Montagne & vers le milieu ; ceux qui occupent la prémière région, font de pan*vres bergers & des troupeaux galeux, parmi lesquels on voit quelques perdrix; ceux de la„ seconde région sont des tigres & des corneilles. Tout le reste de la Montagne, ou pour,, mieux dire la moitié de la Montagne , est couverte de neige depuis que f Arche s’y arrêta;

& ces neiges font cachées la moitié de l'année sous des nuages fort épais.

,, Ce qu’il y a, de plus incommode dans cette Montagne, c’est que toutes les neiges fou-„ dues ne fe dégorgent dans l’Abîme que par une infinité de sources où l’on ne íàuroic at-„ teindre, & qui font aussi sales que seau des toriens dans les plus grands orages. Toutes„ ces sources forment le ruisseau qui vient passer à Akurlu , & qui ne s’éclaircit jamais. On„ y boit de ia boue pendant toute l’année, mais nous trouvions cette boue plus délicieuse„ que le meilleur vin : elle est perpétuellement à la glace , & n’a point de goût limoneux.

„ Malgré l’étonnement où cette effroyable solitude nous avoit jettés, nous ne laissions pas de,, chercher ces Monastères prétendus, & de demander s’il n’y avoit pas des Religieux reclus„ dans quelques cavernes ? L’idée qu’on a dans le Pays que l’Arche s’y arrêta, & la véné-,, ration que tous les Arméniens ont pour cette Montagne , ont fait présumer à bien des gens,, qu’elle devoir être remplie de Solitaires, & Struys n’est pas le seul qui l’ait publié. Cepen-,, dant on nous assura qu’il n’y avoit qu’un petit Couvent, abandonné , au pié de l’Abîme.;

», qu’il n’y avoit aucune fontaine dans la Montagne, excepté le ruisseau de l'Abîme, où l’on ne„ pouvoit aller boire qu’auprès du Couvent abandonné dont on vient de parler; & qu’ainsi un,, jour ne fuffirpit pas pour aller jufqu’à la neige, & pour descendre au fond de l’Abîme: que„ les Bergers s égaTOient eux-mémes aíïbz souvent for ia Montagne; & que nous .pouvions ju-„ ger à misère du Pays , par la nécessité où ils çtoient de creuser ia terre de tenis en teins„ pour trouver une source qui leur fournît de seau pour eux & pour leurs troupeaux : que„ pour des Plantes, il étoit très inutile d’aller plus loin, parce que trous ne trouverions au„ dessus de nos têtes que des rochers entassés les uns fur les autres.

„ Nous commençâmes après cela à marcher vers Ia .première -barre de rochers avec une„ bouteille d’eau que nous portions tour à tour pour nous soulager; mais , quoique nos ven-„ tres fulscnt devenus des cruches, elles furent à sec deux heures après; d’ailieu-rs seau ba-tue dans une bouteille est une fort deíâgreable boisson : toute notre espérance fut donc,, d’aller manger de la neige pour nous désaltérer. 11 faut avouer que ia vue est bien troist-„ pée en mesurant une Montagne de bas en haut, sur-tout quand il faut passer des sables,, aussi -fâcheux que les Syrtes d’ Afrique. On ne íâuroit placer le pié ferme dans ceux d 'A-„ mas. en plusieurs endroits nous étions obligés de descendre au-lieu de monter; & pour„ continuer notre route il fallut souvent (è détourner à droit ou à gauche: si nous trouvions„ de la pelouse, elle limoit si fort nos bottines, qu’elles glissoieut comme du verre, & malgré,» nous il falloir nous arrêter. - ._

„ Pour éviter les sables qui nous fatiguoient horriblement, nous tirâmes droit vers de„ grands rochers entassés les uns fur les autres. On passe au dessous comme au travers de,, cavernes, & son y est à l’abri des injures du tems, excepté du froid; nous nous en appeï-„ eûmes bien, mais ce froid adoucit un peu l’altération où nous étions. II fallut en déloger„ bientôt, de peur d’y gagner Ia pleurésie : nous tombâmes ensuite dans un chemin très fati-,» guaiit de pierres, & nous fûmes obligés de sauter de l’uue sur i’autre. Nous arrivâmes

Tome L

10 Voy, de Struys, c. rît.

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