DE L’EGYPTE JUSQU’AU TEMS D’ALEXANDRE, Chap. III. 357
jour, leur nombre & leur structure étant une chose digne d’admiration. Sect. r.Comme ils étoient d’une très grande utilité aux anciens ha bi tans, ils ne le Descriptionfont pas moins à ceux d’à présent, qui, comme nous savons remarqué del'Egyp íe ,
ci-dessus, attribuent ces Ouvrages, & la plupart des autres d’une gran--—
de antiquité , & construits pour futilité publique, au Patriarche %-seph («).
Le Canal de communication entre le Nil & le Lac avoir autrefois delarges écluses, pour laisser entrer & sortir seau suivant qu’il en étoit be-soin; & toutes les fois qu’il falloit les ouvrir ou les fermer, ce qu’il enco u toi t pour cela montoit à 50 Talens, ou environ 12915 livres sterling13. f. 4. d. D’un autre côté, le Lac étoit d un grand revenu au Souve?rain : la Pêche, durant les six mois que la Rivière se retiroit, rapportantun talent d’argent, ou environ 258 livres 6 . f. 8. d. chaque jour auTrésor Royal; & pendant le reste du tems, la quatrième partie de cettesomme, y ayant vingt-deux sortes de poissons dans ce Lac, & en si grandeabondance, que quoiqu’un grand nombre d’hommes fût employé à les sa-ler, il n’y en avoir néanmoins pas encore assez. Mœris , à ce qu’on dit,donna ces revenus à fa Femme, pour s’acheter des onguens, ou, suivantnotre manière de parler, pour ses menus plaisirs. La terre qu’on avoittirée du Lac, fut, à ce que les Egyptiens dirent à Hérodote , portée dansle Nil, & dispersée par le courant de cette Rivière (b).
II y a une Ile, au milieu du Lac Mœris, d’environ une lieue de circuit;
& les habitans assurent qu’on trouve encore dans cette Ile les ruïnes deplusieurs Temples & autres Bâtimens; ruïnes parmi lesquelles se voyentde grandes figures d’hommes & d’animaux. Plus loin, de l’autre côté duLac, font quelques petites Montagnes, dans lesquelles il y a des grot-tes , qui scrvoient autrefois de sépulcres (c).
Les habitans d’à-présent appellent ce Lac le Lac de Caron , de qui ilsracontent l’histoire suivante. Cet homme, disent-ils, étant de basse ex-traction, forma le projet de s’enrichir. Pour cet effet il alla s’établir prèsdu Lac, & fe fit payer une certaine somme pour chaque corps qu’on passoitdans un bac. Ce tribut,quoiqu’exigé fans autorité du Prince, lui fut payépendant quelques années, jufqu’à ce que le refus de laisser passer le cadavredu fils du Roi, à moins qu’on ne payât la somme ordinaire, fît découvrirtoute la fraude. Cependant i) fut si bien persuader au Roi de lui accor-der un Droit qui n’avoit été qu’usurpé jusqu’alors, que celui-ci y consentit,faisant de plus Caron son prémier Ministre, & de l’emploi qu’il venoit delui accorder le prémier poste de son Royaume. On ajoute que Caron gagnapar ce moyen de si prodigieuses richesses, qu’il devint assez puissant pourassassiner le Roi, & occuper le Trône après lui (d). II y a tant de rapportentre cette Fable, & ce que les Anciens racontent de Caron, que nousavons cru en devoir faire mention.
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(a) Lucas,Tom. III. p. 53. Supra p. 322. (A Lucas, ubi supr.
(£) Herod. L. IL & Diod. L. L p. 49. (//) Idem.
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