DE L’EGYPTE JUSQU’AU TEMS D’ALEXANDRE, Chap. III. 331
tans d’eri venir à la cruelle nécessité de se manger les uns les autres, Sscr. 11.
} >ersonne ne fut accusé de s etre nourri de quelqu’un de ces Animaux Mœurs &àcrés. Coutumes
Le culte extravagant dont les Egyptiens honoraient de pareils Dieux, d p scomme les Taureaux à Memphis & à Héliopolis , la Chèvre à Mendès , le Lion í/m *à Lèontopolis, le Crocodile auprès du Lac Mosris *, & pl-usieurs autres Ani-maux en divers endroits,est certainement quelque chose d’incroyable. Ongardoit ces Animaux dans des appartemens consacrés, & ils étoient servispar des hommes d’un rang éminent, qui avoient foin de les nourrir de tou-tes sortes de mêts exquis, tels que de la fleur de farine bouillie dans dulait, des gâteaux de toutes les sortes faits avec du miel, & de la chaird’Oye bouillie & rôtie. Ceux qui vivoient d’alimens cruds, étoient nour-ris de différentes sortes d’Oiscaux: & non seulement cela, mais on les la-voit dans des bains tièdes, on les oignoit d’onguens précieux, & on lesparfumoit des senteurs les plus odoriférantes. Ils se couchoient sur les ta-pis les plus magnifiques; & afin de leur rendre la vie aussi agréable qu’il é-toit possible, chacun avoit auprès de lui une jolie femelle de son espèce : lesEgyptiens donnoient à ces femelles le titre de Concubines de leurs Dieux,
& avoient pour elles les attentions les plus ridicules.
Quand quelques-uns de ces Animaux venoientà mourir, ils les pleuraientcomme si ç’avoientéré leurs plus chers enfans, & dépensoient souvent plusà leurs funérailles qu’ils n’avoient au monde: & c’est de quoi on allèguepour exemple, qu’au commencement du Règne de Ptolomêe fils de La-gus , le Bœuf Âpis étant mort de vieillesse à Memphis f , son Gardienemploya à l’enterrement de ce Dieu cinquante Talens d’argent, ou envi-ron 13000 1 . st. par dessus tout son bien. Et de peur que la chose ne parûtpas vraisemblable, Diodore rapporte que quelques Gardiens de ces Ani-maux avoient dépensé 100000 Talens, qui est une somme immense,pour les entretenir («). Quand un Chat mourait, dans quelque maisonque ce fût, toute la famille se rasoit les sourcils, & si c’étoit un Chien,tout le corps, & l’on ne faisoit plus aucun usage de toutes les provisions qu’ilpouvoit y avoir alors dans la maison. En cas d’incendie, ks Egyptiens
(a) Diod. L. I. p. 75 *
* Le Crocodile semble être le dernier Animal à qui le Genre-humain puisse avoir ététenté de payer l’hommage de l’adoration. Pour que la cérémonie pût se faire sans risque,on avoit foin d’en apprivoiser un, qu’on-ornoit magnifiquement. 11 étoit nourri aux dépensdu Public de méts consacrés ; & quand des Etrangers venoient le voir, ce qui arrivoicsouvent par curiosité, ils étoient obligés de lui apporter un gâteau, & du vin, ou une bois.son faite de miel, que les Prêtres lui offroient; i’un lui ouvrant la gueule, & 1 autre luidonnant à manger. Quand il venoit à mourir, son corps étoit embaumé, & enseveli dansun cercueil s acr é à Arftnoé (i). r
■f Ceci est contraire à ce que disent quelques-uns, savoir, que le Lœut Apis n’étoicconservé eu vie que pendant un certain tems , après lequel les Prêtres le noyoient dansune Fontaine iàcrée (2J.
(r) Ammian. Maicell, 1, xil. p, î2 . 7 ,
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(1) Hciod, L, II, Stiabo I-, XVII. p. is$.