DE L’EGYPTE JUSQU’AU TEMS D’ALEXANDRE, Chai*. III. 403d’années. Ils croyoient aussi que les influences de ces corps fur les Elé-mens pouvoient tellement affecter ceux qui étoient duement préparés àles recevoir , qu’ils devenoient capables de rendre des oracles, & même defaire des prodiges (a). Suivant eux, le Soleil, la Lune, les Etoiles. &les Elémens, étoient doués d’intelligence, & employés par le Dieu suprê-me au gouvernement du Monde ( b) : car quoiqu’ils reconnussent queDieu pouvoit, dans des occasions extraordinaires , opérer des Mira-cles , révéler fa volonté par des voix distinctes , des apparitions , dessonges, ou des prophéties (c) $ ils s’imaginoient pourtant que, généra-lement parlant, les Prodiges, les Oracles, & les Visions, avoient des cau-ses naturelles, savoir l’influence des Astres, & la puissance de certainesparties de la Nature. Ils croyoient aussi que, par une profonde connoiffan-ce de la Nature, leurs Savans pouvoient faire des prodiges, rendre des o-racies, & expliquer des songes, pourvu qu’ils joignissenc à ce savoir uneame bien disposée , & rendue susceptible d’inspirations divines par lemoyen de certaines Liqueurs, de la Musique, & d’autres Remèdes sem-blables (d). La Divinité, suivant eux, ne se mêloit pas immédiatementde toutes ces choses, mais elles étoient les effets de l’influence naturelledes Astres & des Elémens : effets incompréhensibles aux yeux du Vulgaire,mais parfaitement bien entendus par les Sages & les Philosophes (e).L’autre fondement de la Magie étoit appuyé fur une opinion plus mo-derne que la précédente, savoir que les Esprits, ou Démons, d’une naturesupérieure à celle des hommes, gouvernoient le Monde, & avoient cha-cun son département particulier qui lui étoit assigné (/) : & ils attri-buoient le même privilège aux âmes des Héros & des Grands-hommes dé-cédés. Us fupposoient que ces Esprits étoient , non seulement re-vêtus d’une puissance beaucoup plus grande que celle des hommes, maisaussi capables de produire des visions & de rendre des oracles. . Ces'Notions ne font pas fort éloignées de celles de tous les Juifs , & deplusieurs Chrétiens , qui reconnoiffent l’influence des bons & des mauvaisEsprits dans les affaires humaines , & les connoissances admirables desuns & des autres (§). II n’est pas fort clairement démontré, que par laLoi naturelle tout commerce avec ces Agens invisibles soit défendu, quoi-que ce commerce soit défendu aux Chrétiens ; parce que le gouvernement duMonde intellectuel a été changé à la venue de Jésus-Christ (h) jou plutôt,parce que les scélérats pourroient en faire un funeste usage, & quedes liai-sons de ce genre ouvriroient la porte à l’ídolâtrie & à la Superstition. Onne sauroit nier qu’un pareil commerce n’ait été autrefois possible, parceque, fans cette clé, plusieurs passages de nos Livres Sacrés nous paroiffent
(^) Plutarch. de Defect. Orac.
Cicer. de Nat Deor. L. II. C. IZ.Acad. Qwest. L- * v - c. 34, 37.
( f ) Idem de Divmat. L. 1. c. 55.
(d) Plat. ubi supr. p. 432.
(e) Shuckford , Connection , Vol. II.& 301. &c. - .
,{f) Mut ubi supra p. 418.
( g ) Supr. p. 82.
(/,) Buruet. Archœol. L. I. p. 103.Fff 2
P.
Se ct. II.Mœurs &Coutumesdes Egyp *tiens.