492 HISTOIRE ASIAT I“Q. U E, Livr. I.
Sect. V. Règne où nous entrons fut de peu de durée, & extraordinaires
Rois d’E- ment malheureux.^ Pfammenitus à peine assis fur le Trône, se vit oblì-
gypte " gè de se mettre à la tête d’une Armée, avec laquelle il prit le chemin
-_de Pélufe, dans le dessein d’y attendre Cambyjes , qui s’apprétoit à en-
Jnnie da trer en Egypte. 11 arriva fous ce nouveau Roi un terrible prodige: de
Déluge grandes ondées de pluye tombèrent à Ihèbes, où il n’avoit jamais plu aupa-
4v«Jí)'.C. vavânt ' phénomène fut fans doute interprété comme le présage de525. quelque grand changement: aussi en arriva-t-il un bien considérable, puis-
-que Cambyfes, ayant traversé les Déserts, grâces aux conseils d e Phanes
Pfammeni- & à l'assistance du Roi d 'Arabie, & étant parvenu à la vue du Camp destus * Egyptiens, s’apprêta d’abord à leur livrer bataille. Les Egyptiens s’y pré-parèrent auflì de leur côté : mais avant que d’en venir aux mains, les
Cariens & les Ioniens, qu’ils avoient dans leur Armée, donnèrent une af-
freuse preuve de leur zèle pour Pfammenitus, & de l’horreur qu’ils res-sentoient pour Phanes , leur perfide Compatriote. 11 s conduisirent ses fils,qu’il avoit laissés en Egypte, hors du Camp, & les égorgèrent au-dessus
d’une coupe, qui reçut leur sang à la vue du Père & de ses nouveaux
Amis; & après cela, ayartnt mêlé de l’eau & du vin avec ce sang, ils
avalèrent cet horrible breuvage. Le combat qui commença immédiate-
ment après, fut opiniâtre des deux côtés; mais à la fin , les EgyptiensII est ^/«.lâchèrent le pié, & s’enfuirent en grand désordre à Memphis. Là ils com*cu par mirent peu après le plus horrible & le plus imprudent des crimes enversCambyfes. un Héraut que Cambyfes leur envoya dans un Vaisseau de Mitylène: carils ne virent pas plutôt arriver ce vaisseau, qu’ils le détruisirent, & qu’ilsmirent en pièces le Héraut Persan & tout l’équipage; après quoi ils sefirent une joye barbare de traîner les metnbres de ces malheureux par la
Est fait pri- Ville. Peu de cems après ils furent étroitement assiégés par les Perses ,
fomúer, £?& forcés à la fin de se rendre, & de laisser leurs vainqueurs maîtres deperd son \’ Egypte. Ces terribles nouvelles effrayèrent tellement les Libyens , lesRoyaume. Çyrénéens, Ói les Barcèens , qu’ils se soumirent à Cambyfes , & implorèrentsa protection.
¥ articula- Êe dixième jour après que Memphis eut été prise, Pfammenitus & lesrites de fa plus diltingués d’entre la Noblesse Égyptienne, furent honteusement en-captivité. voyés dans les íauxbourgs de cette Ville, pour y jouer leur rôle dans unedes plus affreuses Tragédies dont on puisse se former l’idée. Car Pfamme-nìtus, y étant placé dans un endroit convenable, vit venir fa Fille habil-lée comme une pauvre Esclave, avec une cruche pour puiser de l’eaudans le Fleuve, & suivie par les filles des premières Maisons d 'Egypte trevêtues d’habits pareils à ceux de la Princesse, ayant comme elle descruches à la main, toutes noyées dans leurs larmes, & déplorant à hautevoix leur infortune. Quand les Pérès virent leurs en fans en cet état, ilsfondirent en pleurs, & ne furent plus maîtres de leur affliction, à l'ex-ception pourtant de Pfammenitus, qui quoique prêt à succomber fous lepoida de fa douleur, tourna seulement ses regards vers la terre, & lesy tint fixés. Après ces filles, vint le fils de Pfammenitus , suivi de deux