Section
V.
Histoirede Perse.
Manug-
jahr.
i3 HISTOIRE DE PERSE.
romproit trop le fil de cette Histoire, nous aurons occasion d'y revenir dansla fuite, & d’examiner en une feule fois les fentimens des Critiques furl’Histoire Orientale. Continuons à présent notre narration, & palfons auRègne du petit-fils de Phridun *.
Mamtgjahr, ou Manugéher suivant quelques Auteurs, n’étoit pas fils d’f-rège, mais son petit-fils , par une fille ; il ne nous importe guères quelle deces deux opinions on adopte (a). Ce qu’il y a de certain , c’est que Ma-nugèher fut un Prince sage & bienfaisant , qui eut pour Vizir ce Soham ,dont nous avons fait mention, & dont la renommée est encore répanduedans tout l 'Orient. Ce fut probablement par l'avis de ce Ministre, qu’il fitplusieurs Règlemens excellons. 11 eut foin de faire déterminer plus exacte-ment, que n’avoient encore fait ses Prédécesseurs, les limites des Provinces,fur chacune desquelles il établit un Gouverneur. Outre-cela , chaque Villeou Bourg considérable avoit son Président, qui ne dépendoit point du Gou-verneur: le tout afin que ce dernier ne fût pas le maître de faire souleversa Province,& que les Présidons fussent obligés de fe conduire sagement,de peur que le Gouverneur réécrivît en Cour contre eux. Lemanqued’eauétant la principale cause que la Perse , généralement parlant, est si peufertile, Manugéher fit creuser dissérens canaux, pour y recevoir les eaux duTigre & de Y Euphrate , & humecter par ce moyen les terres arides dans levoisinage de cesFleuves. II eut foin de rassembler tous les filets d’eau despetites sources qui étoient au haut des Montagnes, afin d’en tirer tout l'u-sage possible. Pour se mettre en état de diriger ses Sujets dans la culture deleurs Terres, il employa bien du tems à étudier la matière en question, «Sts’appliqua à découvrir les vertus des Herbes & des Fleurs, faisant transplan*ter celles qu’il croyoitles plus utiles, des Montagnes & autres lieux sauvaiges où elles croissoient, dans son propre jardin, ou dans ceux de ses Cour-tisans. Mais pendant qu’il s’occupoit ainsi, dans une profonde paix, de
(a) D’Herbelot Biblioth. Orient. Art. Manugéher.
* Nos Lecteurs s’appercevront fans peine, en faisant attention aux Caractères que nous a-vons tracés dans cette Histoire , que les Orientaux regardent la sagesse comme auíïï néces-saire dans un Héros que la valeur. Phridun est aussi fameux parmi eux, qu’aucun des Hé-ros de la Grèce ou de Rome Test parmi nous ; & cela par la même raison , parce qu’il étoitgrand en toutes choies, dans la Paix & dans la Guerre , à la tête des Armées & fur le Trò.ne. C’est au cas que les Orientaux font de la sagesse , qu’ii faut attribuer le soin que pren-nent leurs Auteurs de ne pas moins transmettre à la Postérité leurs Paroles fententieufes,que le souvenir de leurs Exploits. Voici quelques-unes de ces Sentences de Phridun , quenous avons choisies préférablement à d’autres , parce qu’elles ont rapport au Genre-Humai»en général.
Si P Homme constdéroit bien fa propre nature, la v.anité des biens de cette vie, £? la gran-deur de Dieu, il ne s attacherait qu'à cet Etre Souverain .1
Le Monde nous trempe tous. — - - C'est en Dieu qu'hahìte la vérité-
Que tes richesses ni ton pouvoir n excitent point en toi de t fentimens d'orgueil. Que la chutede ceux que tu as vu élevés , te serve à cet ègard de leçon. Ur.e même fin nous attenì tous; &'quand la mort nous appelle à descendre dam t'affreux tombeau ,importe-t-il beaucoup que nouspartions á'ime Couche.Royale, ou d’un matelat étendu à terreì En faut-il moins entrepren-dre k voyage (i)?
(r) D’Heibelot Biblioth, Orient» Art» Feridoun,