X52 HISTOIRE DES SCYTHES,
Section NL pouvant se marier, à moins que d’avoir tué un Ennemi de sés propresVI. mains («), comme nous l’avons dit. Pour ce qui est de leurs Jeunes-gens,Histoire on leurinfpiroit de bonne heure des inclinations martiales ou plutôt féroces, •Scythes z'jj f aut e n croire Hérodote , qui assure q u'ils avoient coutume de boire leàng du prémier Prisonnier qu’ils faisoìenc, & d’offrir à leurs Rois les têtesmm es ' de tous ceux qu’ils tuoient dans quelque combat. Ces têtes leur étoiencrendues, ou bien on en enrégistroit le nombre, à cause quelles donnoiencdroit à certains Privilèges, comme d’affister à quelques Fêtes publiques,d'avoir part aux dépouilles de leurs Ennemis,& autres pareils Privilèges,auxquels aucun homme ne pouvoit prétendre, à moins que d’avoir tuéaumoins un Ennemi. Comme le mérite d’un homme croissoit ainsi à pro-portion des têtes qu’il a volt coupées, ils avoient coutume d’écorcher lesmorts,d’en préparer les peaux,& de les attacher aux brides de leurs che-vaux , où elles servoienc en même te ms de trophées & de serviettesà leurs possesseurs. Leur orgueil, ou plutôt leur barbarie alloit si loin, aurapport de notre Auteur, qu’ils íe scrvoìent des peaux de leurs Ennemis tués,pour en couvrir, tant leurs carquois que leurs chevaux, & quelquefois mê-me leurs propres corps (b). Si cet orgueil féroce n’avoiceu pour objets queceux qui venoient envahir leurs Pays, on pourroit le justifier jufqu’à uncertain point, une pareille conduite étant propre à intimider d’injustesCon-quérans, qui d’ailleurs ne méritoient pas un autre fort *. Mais à en jugerpar le récit à'Hérodote ì ils ne traitoient pas mieux ceux qu’ils attaquoìencfans y être provoqués. D’ailleurs ils auroient également péché contre lesLoix de l’Equité & celles d’une faine Politique, en condamnant leurs fillesau célibat, li les trophées, qu’elles dévoient produire, ne pouvoient êtreobtenus qne dans une guerre défensive, à laquelle leur pauvreté & leur va-leur ne pouvoient que difficilement donner lieu. Ainsi il y a plus d’appa-rence, fur-tout à en juger par fendrait que nous avons cité de Thucydi-de , que comme ils vi voient principalement de burin, au-lieu de sertir deleurs vastes territoires, leurs Tribus faisoient mutuellement des incursions lesunes fur les terres des autres, ce qui n’empêehoit pas qu’elles ne se réunis-sent ensemble contre tout Ennemi étranger qui venoit attaquer leur Pays.
On demande si les Scythes étoient un Peuple nombreux, & les Savansne font nullement d’accord fur cette question. S’il est vrai qu’ils ayent fait
.. T . les
se) Herodot. Lib. IV. Plat, de Leg. Lib, (S) Ilerodot. L. IV. c. 6,\,
VII. Hypocrat. N. Damafcen. Justin. & al.
* C’écoit-Ià, suivant Justin si), l’argument qu’ils employèrent pour dissuader le Roià'Egypte de leur faire la guerre; car, difoient-ils aux Hérauts de ce Prince, ce seroit unefolie aux riches Egyptiens, d’attaquer un Peuple auíïï pauvre que les Scythes, avec qui iln’y a que des blessures ou la mort à gagner, & dont la valeur ue pouvoit qu’être animée àla vue du butin. Le message qui dans la fuite fut fait de leur part à Darius, quand ce Mo-narque fut entré en Scythie, revenoit à peu près au même quant au sens. Nous n’avons,disoient les Députés Scythes , ni Villes, ni maisons, ni champs, ni vignes, ni aucunes ri-chesses, à l’exceptíon de nos familles, & des tombeaux de nos ancêtres, que nous nous fai-sons une-loi inviolable de défendre jnfqu’à la derniere goutte de notre sang. Ainsi le risquefera plus grand pour Darius que pour nous ( 2 ).
(1) Justin. Lib, II. c. 2.
(zj Herodot. Lib. IV. c. 127,