HISTOIRE DES ATHENIENS. Liv.I. Ch.XVIII. 521il prit le chemin à’Athènes , ne doutant nullement que les ennemis de l’Oli- Sectiongarchie ne se soulevassent à son approche, & ne renversassent le Gouver- r *nement établi, ce qui jetteroit la Ville dans une telle confusion , que lesLacèdémoniens pourroient s’en rendre maîtres avec la dernière facilité. Mais de - s Athi 'il s’apperçut bientôt qu’il s’étoit trompé, les Athéniens ayant défait quelquespartis qu’il avoit envoyés pour les attaquer , & s’étant rangés en si bonordre devant leur Ville, qu’il crut ne pouvoir mieux faire que de regagnerson ancien poste, d’où il renvoya à Lacédémone le dernier renfort qu’il a-Voit reçu.
Les Quatre-Cens lui députèrent ensuite de nouveaux Envoyés, qui furenttraités avec plus de civilité qu’auparavant, & c’est tout ce que nous pou*
Vons dire de leurs Négociations. On jugea auíîì à propos d’envoyer dix Dé-putés à tSiïftfoy, pour faire entendre à l’Armée, qui étoit généralement por-tée pour la Démocratie, que le Gouvernement actuellement subsistant há-thènes étoit Démocratique , & en ce genre le plus parfait de tous; l’Au-torité Souveraine ne résidant pas dans les Quatre-Cens, mais dans les Cinq*
Mille, nombre plus grand que celui gui eut jamais formé l'Assemblée d uPeuple: mais ces Députés furent à peine partis d’/ff/tineí, qu’on vit arriverdans cette Ville des Députés de l’Armée, pour signifier de fa part qu’elleavoit rétabli la Démocratie à , & prétendoit maintenir l’ancienne for-me de Gouvernement. Les Quatre-Cens, irrités de ce discours, firent met-tre en prison quelques-uns des Députés; mais un certain Carias, qui étoitVenu de l’Armée, trouva moyen d’y retourner , & fit en arrivant un por-trait affreux de l’état des choses à Athènes . Son rapport causa une sédition,qui auroit pu être fatale à l’Etat; mais on trouva moyen de calmer ces pre-miers mouvemens, & les Généraux Thrafyle & Thrasybule se contentèrentde faire promettre par serment à tous les Soldats, qu’ils feroient tous leursefforts pour rendre le pouvoir au Peuple , qu’ils combattroient contre lesLèloponnéficns & les autres Ennemis d Athènes, & qu’ils n'obéiraient jamaisaux Quatre-Cens, ni n’auroient la moindre liaison avec eux. Après avoir ob-tenu d’eux ces promesses, ils les encouragèrent à ne se pas départir des me-sures qui venoient d'être prises, en leur représentant que ce n’étoient paseux qui fe rendoient coupables d’infidélité envers la Ville, mais la Ville mê-me qui étoit infidèle á leur égard ; que leurs forces étoient supérieures âtoutes celles que les Quatre-Cens pouvoient envoyer contre eux; & que sû-rement Alcihiade viendrait les joindre , & leur procurerait du secours dela part de T[ffapherne & du grand Roi. Ces discours produisirent leur effet.
Les Soldats firent tout ce qu’on exigeoit d’eux, déposérentpiusieurs de leursChefs, à la place desquels ils en élurent d’autres;&, quand leurs Générauxle demandèrent, allèrent offrir le combat aux Peloponnéjtens. A la réquisi-tion de Thrasybule ils rappelèrent Alcibiade, qui, à son arrivée,fit à l’Ar.mée une harangue très éloquente, dans laquelle il fit voir que 1 injustice deses compatriotes étoit la source de fes malheurs, & que 1 Etat étoit expo-sé au plus affreux danger. II fit valoir sur-tout le pouvoir & la bonne vo-lonté de Tissapherne. A la-vérité il n’étoit pas trop persuadé de ce dernierarticle : cependant il ne crut faire en cette occasion aucun tort aux Athé-Tome 1 F. V v v