HISTOIRE DES ATHENIENS. Liv. I. Ch. XVIII. 553
dans fa bouche de petits cailloux , pour donner à fa langue la flexibilité qui Sectionluimanquoit;&prononçoit des harangues fur le bord de la mer, pour s’ap- !•privoifer par le bruit confus des flots aux' émeutes du Peuple. II fit plus, Histoire&pourse corriger d’un défaut qu’il avoit contracté, de hausser continuelle - /Íí!lé 'ment les épaules, il suspendit une hallebarde au dessus del’endroit où il ré - niens ’citoit ses harangues, afin que fl dans la chaleur de faction il lui arrivoit defaire ce mouvement, la pointe de la hallebarde lui servît de correctif. Aforce de travail il surmonta tous les obstacles, & acquit avec le tems une >
éloquence, non seulement supérieure à celle de tous ses contemporains,mais aussi de tous ceux qui font précédé,ou qui font venus après lui: vé-rité dont les harangues qui subsistent encore, font une preuve incontes-table. II déclama hautement contre les défauts de ses compatriotes ,ôc leurreprocha leur légèreté, & leur peu d’amour pour la Patrie. Plus d’unefoisil blâma la vanité qu’ils avoient de s’attribuer le mérite de leurs Ancêtres,
& de s’imaginer que la réputation des anciens Athéniens concilieroitdu res-pect à leurs indignes defcendans. 11 insista fur la nécessité d’obferver la mé-thode de faire la guerre que leurs Ayeux. avoient suivie , & qui consistoità avoir une Armée composée de Citoyens libres au-lieu de mercenaires, &à mettre leur Marine fur un bon pié. II leur conseilla d'être obligeans en-vers leurs Alliés, & promts à les secourir dans toutes les occasions; ce quiéloigneroit la guerre de leur Pays, endurciroit leurs Sujets aux travaux mi-litaires , & donneroit un nouvel éclat à la gloire du Nom Athénien. II lesexhorta à vivre toujours en bonne amitié avec le grand Roi, à cause qu’iln’avoit plus le pouvoir ni la volonté de les subjuguer; maisqu’au contrai-re il étoit de son intérêt de les maintenir en liberté, comme il étoit duleurque tous les Etats de la Grà restassent dans f indépendance. Sur-toutillesavertit de fe précautionner contre les entreprises de Philippe: „Ladomina-„ lion des Républiques, leur dfoit-ilquelquefois , dure ordinairement beaucoupj, moins que celle des Monarchies ", D’où il inféroit qu’ils dévoient pluscraindre Philippe que les Thébains , & ne fe pas laisser abuser par son préten-du amour pour la Paix, ou par f affection qu’il faisoit semblant d’avoir poureux. Ces discours étoient certainement ceux d’un véritable Patriote.
Philippe, ne fe reposant pas entièrement fur f argent qu’il prenoit foin dedistribuer, ni fur des âmes vénales qu’il avoit mises dans ses intérêts, travail-loit d’un autre côté ouvertement à étendre fa domination fur toute la Grèce.
Il profita de la guerre allumée alors entre les Phocéens & les Béotiens , pourAttaquer la Grèce; & quoiqu’j] eût du malheur dans deux actions, il ne laissaPas à la fin, moitié par force, moitié par adresse, de s’em parer d es Thermo -P f es. Ce fut alors que Détnojihène s’efíorça de faire sentir aux Athéniens ledanger où ils fe trouvoient, & ce fut dans ce dessein qu’il composa la pré-hsière de ces Harangues qui portent le titre d ePhilippiques,& qui font re-gardées encore de nos jours comme des Pièces inimitables. Il fit voir aux■Athéniens , avec autant de clarté que de candeur, que dans une maladie aussidangereuse que la leur, il ne falloi pas fe servir de palliatifs; & prouva que| e projet manifeste & constant de Philippe étoit de se rendre Souverain de* a Grèce, c’est-à-dire de les rendre ses Sujets, en leur faisant peut-être l’hon*
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