552 HISTOIRE DES ATHENIENS.
Section gion, & se moquoit ouvertement de ces mêmes Puissances qu’il faisoit sem-!• blant d’adorer. Nous ne nions pas que les Athéniens ne prétendissent colo-Histoire rer le secours qu’ils accordoient aux Phocéens , du prétexte que c’étoientdes Athi - j eurs anciens Alliés, dont ils tâchoient d’augmenter lepouvoir, afin de con*men "' trebalancer celui du Roi de Macédoine. Mais il est bien clair, que ce n’e-toient-là que de frivoles prétextes ; puisqu’Iphicrate ayant intercepté quelques
Statues d’or & d’ivoire,que Denys le Sicilien cnvoyoit pour être consacrées
à Jupiter Olympien , & à Y Apollon de Delphes , ce Général reçut ordre deleur part de les vendre au plus offrant.
Ce n’étoit cependant pas Athènes feule, mais toute la Grèce , qui se JaiíToicgouverner par de l’argent. Le Roi de Perse, qui avoit toujours fait ufag ede ce métal pour se garantir des incommodes visites des Grecs, & pour estobtenir du secours quand il en avoit besoin, l’employa plus que jamais, &répandit déplus grandes sommes en Grèce , que n’avoit fait aucun de se sPrédécesseurs, à cause que la facilité à se laisser corrompre par de l’argen^étoit devenue générale ;ce qui n’empêchoit pas que ceux qui faisoieM mé-tier d’en prendre, ne prétendissent de plus hauts gages, que ceux donts’étoient modestement contentés jufqu’alors.
Philippe de Macédoine, qui avoit trouvé le moyen de tirer beaucoup pl uSde profit des Mines d’Or de Thrace , que n’avoient fait les Athéniens, pt a 'tiquoit cet art à visage découvert, ayant des gens à ses gages dans tous le®Etats de la Grèce, & entre autres à Athènes. Les Chefs des Phocéens nSpouvoienc se soutenir qu’à force d’argent; aussi devoient-ils en avoir répart'du libéralement, puisque, selon Diodore de Sicile & , ils dépensè-
rent I0000 talens, ce qui n’est guères moins que deux millions monnosoà'Angleterre. Les Orateurs, ou , comme les Athéniens les appelioient »les Démagogues , c’est-à dire ceux qui gouvernoient le Peuple par leurs dis-cours , écoient presque tous aux gages de quelqu’un. Démofthène même?qui i’emportoit en éloquence fur tous les autres, étoit soupçonné avec raisonde recevoir de for Persan. Cet Orateur commença vers ce tems-là à sodistinguer, &, comme un autre Périclès , prit par son éloquence un ascest'dant prodigieux sor ses compatriotes.
Démofthène étoit fils d’un riche Athénien, qui avoit acquis de grands bien*par une Manufacture d’Epées, & point d’un Forgeron comme Juvenalìe ventfaire entendre. La Nature ne paroissoitpas savoir destiné à être Orateur»lui ayant donné une voix foibíe & une langue embarrassée. II perdit sonPère étant encore fort jeune; & íì d’un côté son éducation fut négligé»par l’égard que fa Mère eut à la foiblesse de fa constitution, son bien neso 1 -pas mieux administré de l’autre par ses Tuteurs,qui profitèrent de fa Ì eU 'nesse. Ce dernier malheur l’engagea à devenir Orateur ; car se trouvant*à sage de dix-sept ans , embarrassé de divers procès , il plaida fa prop recause, ce qui n'étoit défendu par aucune Loi. Dans da fuite, étant parve-nu à un âge plus avancé, il entreprit de haranguer le Peuple, ce qui i ulréuíîìt si mal, qu’il s’en fallut peu qu’ii ne renonçât à la profellion d’Ora -teun Cependant, par un travail opiniâtre, il surmonta tous les obstaclesqui 1 avoient empêché jufqu’alors de parler en public avec succès. U mlt